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Agir pour l’égalité de genre

Parce que ces droits ne sont jamais totalement acquis, le combat doit être quotidien et la mobilisation renforcée. Remobiliser la communauté internationale en impulsant une dynamique politique, encourager les initiatives de coopérations, les espaces de dialogue tout en repensant nos modes d’actions est essentiel.


Rencontre avec Delphine O, Ambassadrice et secrétaire générale du forum Génération Égalité, Ministère de l’Europe et des Affaires Etrangères


Les droits des femmes : une situation dégradée dans le monde

Sur certains plans comme l’accès à l’éducation et à la santé, ou l’autonomisation économique, on observe une amélioration globale de la situation des femmes dans le monde au cours des dernières décennies, grâce aux efforts de la communauté internationale et dans le cadre des Objectifs du Développement Durable des Nations Unies, dont l’égalité de genre fait partie (Objectif no.5). Mais depuis cinq à dix ans, nous


observons un recul politique des droits des femmes, avec la montée en puissance de forces conservatrices – gouvernements, entreprises, associations – qui assument de porter un discours clairement anti-égalitaire, qui prône une régression vers un modèle archaïque de société où le rôle des femmes est au foyer.

La multiplication des crises a exacerbé les inégalités. Regardons ce qui se passe en Iran, en Afghanistan, en Ukraine : partout, à la moindre crise, les droits des femmes sont d’autant plus menacés. Cette montée des conservatismes et la multiplication des régressions doivent nous alerter. Il s’agit bien d’une remise en cause des valeurs universelles qui sont reconnues et protégées par de nombreux traités et conventions internationales ; force est de constater que ces conventions sont de plus en plus remises en causes et que leur application est loin d’être entière. Ces droits ne sont jamais acquis. La libération de la parole, incarnée par le mouvement #MeToo mais aussi des grands mouvements féministes comme #NiUnaMenos en Amérique latine, a certes permis des avancées, mais celles-ci sont souvent suivies d’un « retour de bâton ». Nous devons donc rester vigilants et nous battre continuellement pour que ces droits, continuellement remis en question, soient reconnus et respectés.




Remobiliser la communauté internationale

Le Forum Génération Égalité, qui a eu lieu à Paris en juin 2021, est la première grande conférence internationale depuis la 4e Conférence mondiale sur les femmes de Pékin en 1995, qui avait consacré le cadre normatif international pour l’égalité de genre adopté par l’ensemble des Etats de l’ONU. C’était à Pékin en 1995 qu’Hillary Clinton avait prononcé cette phrase restée fameuse « Women’s rights are human rights » (Les droits des femmes sont des droits humains). L’objection du Forum Génération Egalité, 26 ans plus tard, était d’organiser une contre-offensive en faveur de l’égalité, de remobiliser la communauté internationale en impulsant une dynamique politique et en réaffirmant haut et fort que les droits des femmes sont des droits universels qui ne souffrent d’aucune exception culturelle ou religieuse.


Ce Forum a constitué une opportunité formidable de mettre en œuvre la diplomatie féministe française et le multilatéralisme par les actes prônés par le Président de la République. 40 milliards de dollars de financements inédits ont été mobilisés à travers un millier d’engagements pris par les Etats, les organisations internationales, les entreprises, les ONG, dans le cadre d’un grand Plan mondial d’accélération pour l’égalité. Un an et demi après sa tenue à l’été 2021 à Paris, le nombre d’engagements a presque triplé : plus de 2 700 engagements ont été pris par des acteurs publics, privés ou associatifs de par le monde, pour faire avancer l’égalité de genre.

Il faut continuer d’encourager les Etats à légiférer au niveau national et à faire progresser les traités au niveau international, y compris dans des domaines peu explorés. Par exemple, l’avènement du numérique pourrait créer de nombreuses opportunités pour les femmes, mais il a plutôt eu tendance à creuser les inégalités de genre ces dernières années.


Tenir nos engagements

La France est fière d’avoir tenu ses engagements internationaux annoncés au Forum Génération Egalité, notamment à travers son soutien financier de 400 millions d’euros en faveur des droits et santé sexuels et reproductifs et de la santé des femmes et des filles sur la période 2021-2025, en soutenant les organisations internationales, la société civile et les organisations féministes ou encore en mobilisant son aide bilatérale.

La première contribution française au programme UNFPA Supplies en faveur de l’achat et de la distribution de moyens de contraception s’est montée à hauteur de 18 millions d’euros en 2021. Nous avons également soutenu le programme Shaping Equitable Market Access for Reproductive Health qui favorise un accès équitable aux produits de santé sexuelle et reproductive à hauteur de 1 million d’euros en 2021. La France a également renouvelé sa contribution au Fonds français Muskoka à hauteur de 50 millions d’euros sur les 5 ans à venir, soit 10 millions d’euros pour l’année 2021. Enfin, la France a décaissé en 2021 un tiers de son engagement pluriannuel de 333 millions d’euros en faveur du Partenariat Mondial pour l’Éducation pour la période 2021-2025, dont la moitié sera fléchée vers l’éducation des filles et l’éducation à l’égalité de genre.


Initiative Marianne et l’agenda Femmes, Paix et Sécurité

A l’occasion du Forum Génération Egalité était également annoncé le lancement de l’initiative « Marianne pour les défenseurs des droits de l’Homme », un dispositif d’accueil en France destiné à des femmes et des hommes menacés pour leurs activités de défense des droits humains. La première cohorte de l’initiative Marianne, entièrement féminine a accueilli à Paris en 2022 des défenseures des droits venues d’Afghanistan, de Birmanie, de Biélorussie, du Nicaragua, de Colombie, de Turquie, d’Irak, de Syrie, de Tanzanie, du Soudan, de Chine et des Territoires palestiniens. Enfin, la France a lancé son troisième Plan d’action national sur l’agenda « Femmes, Paix et Sécurité » et rejoint le Compact « Femmes, Paix et Sécurité et Action Humanitaire ». Ce plan national d’action concerne l’ensemble de l’action extérieure française en matière de paix et de sécurité et repose sur une approche par les droits. Son but est de permettre la prise en compte systématique des enjeux de genre avec 3 piliers clés : la prévention par la sensibilisation aux enjeux liés à la lutte contre les violences de genre, aux droits des femmes et à l’égalité femmes-hommes ; la protection des femmes et des filles face aux violences sexistes et sexuelles et aux extrémismes violents en situation de conflit et post-conflit et la lutte contre l’impunité et la participation des femmes à la prévention, à la gestion et au règlement des conflits. Concrètement, nous avons accompagné la formation de négociatrices de paix, nous avons favorisé l’accueil de femmes afghanes en exil en France suite à la chute de Kaboul aux mains des Taliban en août 2021 et soutenu des associations féministes polonaises et moldaves tout en répondant aux besoins spécifiques des femmes dans un contexte de crise humanitaire. Mais l’Agenda Femmes, Paix et Sécurité, adopté en 2000 par les Nations Unies, souffre qu’un manque de financements et d’un défaut de soutien politique des Etats. Il nous faut repenser nos cadres d’action.


Nous devons repenser notre modèle et renforcer les coopérations avec les ONG, les acteurs de la société civile et du privé, mettre autour de la table des acteurs qui oeuvrent chacun de leur côté pour les droits des femmes mais n’ont pas l’habitude de travailler main dans la main. Par exemple, le soutien de la Maison des Femmes à Saint Denis (lieu d’accueil et de soins médicaux et psychologiques couplés à un accompagnement juridique pour les femmes victimes de violences) par le groupe Kering et Accor est un exemple réussi de ce que nous devons encourager à l’avenir.


Mais tout n’est pas noir : sur d’autres continents, des avancées majeures sont aussi à souligner. En Argentine, la légalisation de l’avortement fin 2020 a entrainé une vague de décisions politiques en faveur de l’avortement dans de nombreux Etats voisins pourtant très conservateurs sur ces sujets. La dynamique par l’exemple est une stratégie efficace.

Dans le cadre du Forum Génération Egalité, nous avons initié une coopération avec des petits pays comme le Burkina Faso, qui a eu le courage de prendre des engagements importants sur l’accès aux contraceptifs et la planification familiale. Là encore, on observe un effet de mimétisme : d’autres pays du Sahel se sont inscrits dans la dynamique engagée.


À l’heure où nous assistons partout dans le monde à une montée des conservatismes et où les différentes crises sanitaires, politiques, humanitaires et climatiques remettent en cause les droits des femmes et des filles, que ces crises sont amenées à perdurer, ne perdons pas de vue que les femmes sont les premières victimes.

Un long combat de mobilisation nous attend. La France demeure mobilisée aux côtés de tous les acteurs engagés et ceux qui nous rejoindront pour assurer la pérennité et l’accélération des actions en faveur de l’égalité entre les femmes et les hommes.

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