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L'association Karuna-Shechen : l'altruisme comme solution à l'extrême-pauvreté

Respectivement 108e et 115e au classement des pays par indicateur de développement humain ajusté selon les inégalités (IDHI),¹ l’Inde et le Népal sont sans surprise des territoires à forte mobilisation humanitaire. C’est ainsi au cœur de l’Himalaya, où il devint moine bouddhiste, que Matthieu Ricard a co-créé en 2000 l’association Karuna-Shechen. Son personnel est entièrement local, les décisions sont prises en conciliation avec les populations, et un seul mot d’ordre guide la communauté : l’altruisme.


Par Alban Wilfert



© Wirestock



Se changer soi-même pour changer le monde : l’altruisme au cœur de la démarche


« L’altruisme n’est pas un luxe, mais une nécessité. Il est aussi le moyen le plus pragmatique de relever les défis du XXIe siècle »², déclare Matthieu Ricard. Karuna-Shechen fonde sa propre action sur l’altruisme, mais incite également chacun à adopter cette attitude. L’association entend à la fois « agir » et « plaider » pour amener chacun à « cheminer ensemble vers un monde plus compatissant, plus résilient et plus apaisé ».³ Dans cette optique sociétale, la méditation et l’écoute active sont vivement encouragées pour résoudre des difficultés rencontrées par l’Humanité.

Toutefois, l’association Karuna-Shechen ne se contente pas de promouvoir l’altruisme, ce dernier n’allant pas sans actions concrètes.


La « compassion en action »


Comprenant l’extrême pauvreté comme la « somme d’insécurités variées : logement précaire, nourriture insuffisante, difficultés d’accès aux services de base ou encore à des opportunités professionnelles », Karuna y apporte une « réponse holistique »,⁴ agissant sur tous ces plans. 

La santé et l’hygiène représentent l’un de ses principaux champs d’intervention. Celle-ci a ainsi ouvert, en une vingtaine d’années, plusieurs cliniques ainsi qu’une clinique mobile à même d’apporter des soins dans des zones isolées, qui ne sont pas rares dans un espace d’activité grand comme deux fois la France. En 2022, pas moins de 66 300 consultations médicales, généralistes et spécialisées, ont eu lieu grâce à Karuna Shechen.⁵ Dans le même temps, 8 050 femmes et jeunes filles ont été sensibilisées à l’hygiène menstruelle, tandis que des étangs et des puits étaient créés pour faciliter l’accès à l’eau.


Vers l’autonomie et la résilience


Karuna agit également sur les causes des difficultés rencontrées par les populations himalayennes et entend leur donner les moyens de faire face aux nouveaux risques, notamment climatiques. 80 % du volume du glacier de l’Himalaya pourraient en effet disparaître d’ici à la fin du siècle.⁶

Outre la scolarisation de 5 450 enfants en maternelle et l’alphabétisation de 534 adultes, l’association a formé, en 2022, 68 professeurs et animateurs, permettant, à terme, la transmission des savoirs et savoir-faire au sein même des communautés. Dans la même logique d’empowerment, 478 créations de micro-entreprises ont fait l’objet d’une aide financière, 150 femmes étaient formées à l’artisanat et des jeunes gens à l’informatique, de manière à favoriser le développement économique. Des formations sont également dispensées en lien avec l’environnement comme à Devi, habitante du Népal devenue technicienne solaire grâce à une formation de Karuna-Shechen. Elle raconte : « Dans mon village, mes voisins disaient qu’une femme n’était pas capable de grimper sur les toits pour insister des panneaux solaires et que les hommes devaient suivre cette formation plutôt que les femmes. Mais nous avons insisté et nous avons été formées ! »⁷ Les problématiques environnementales sont centrales dans l’activité de l’association, tant par la sensibilisation aux attitudes éco-responsables que par l’équipement des agriculteurs de matériel d’irrigation goutte-à-goutte.

Les membres de comités de village rencontrés sont tous incités à l’altruisme afin de changer eux-mêmes de regard sur le monde. « Favoriser le développement du potentiel altruiste de toutes les parties prenantes »⁸ des projets de l’association est clé pour la pérennité des actions engagées mais aussi pour bâtir le monde de demain tel que nous y invite le moine Ricard.


« Notre manière de percevoir le monde ne doit pas être figée, et nous nous devons d'agir sur ce monde pour offrir un meilleur avenir à tous et toutes. Le bouddhisme nous enseigne qu'il est important de construire une société plus altruiste, et plus égalitaire, d'un point de vue économique, social et écologique. Nous avons le devoir de ne pas délaisser ceux et celles qui souffrent et même si nous ne pouvons empêcher les inégalités de se produire, nous devons faire tout ce qui est en notre pouvoir pour éviter qu'elles perdurent. »




Ibid, p18

 Il est temps d'entrer dans l'âge de la femme, 25 février 2019

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