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Les Casques blancs syriens : des héros méconnus

 Depuis 2012, la guerre fait rage en Syrie. Elle a poussé 6 millions de citoyens à migrer, 6 millions d’autres à se déplacer à l’intérieur du pays et entraîné la mort, selon les chiffres officiels, de près de 500 000 personnes, essentiellement des civils. C’est dans ce contexte, particulièrement chaotique, que les Casques blancs vont émerger… Un phare dans la nuit pour les quelque 22 millions de Syriens dont la guerre est le quotidien depuis plus de 10 ans.  

 

Par Camille Léveillé  



© White Helmets

 

Une leçon d’humanité 

 

2013. La Syrie ressemble de plus en plus à un champ de ruines et le conflit prend de l’ampleur. Le point d’orgue est atteint le 21 août, lorsque les forces gouvernementales déversent des armes chimiques sur la population, à quelques kilomètres de la capitale. Les bombardements s’accentuent, les victimes s’amoncellent et les destructions sont de plus en plus régulières. C’est dans ce contexte que les Casques blancs vont émerger en 2013, dans la région d’Idleb. A l’origine, ces groupes auto-organisés venaient en aide à leurs voisins et amis piégés sous les décombres, après les bombardements, sans avoir reçu de formation particulière ou être équipés pour. Depuis, ils se sont professionnalisés et ont ainsi pu sauver plus de 128 000 vies. Un engagement qui n’est pas sans risques. 309 Casques blancs ont payé le prix fort de leurs actions. « Lors de chaque mission, il y a une chance sur deux que je vive, et donc une chance sur deux que je meure. Mais, quoi qu'il arrive, j’aurai contribué à quelque chose. J’aurai laissé des enfants qui vivront et construiront notre futur. »¹ témoigne Rady, un des membres des Casques blancs. Pour eux, peu importe la religion ou l’opinion politique, ce qui importe est de sauver, coûte que coûte, toute âme qui vive. Au fil du temps, ceux que l’on appelle aussi la Défense civile syrienne, ont eu de nouvelles attributions : ils aident à lutter contre les incendies, réparent les réseaux électriques, déblayent les routes, apportent des soins de santé et enlèvent les mines terrestres qui n’auraient pas explosé.  

Leurs nombreuses années d’expérience dans la recherche et le sauvetage en milieu urbain suite à une catastrophe ont pris tout leur sens en février 2023. Aux aurores, un tremblement de terre de magnitude 7,7 a frappé le sud-est de la Turquie et la Syrie. 50 000 victimes et des milliers de bâtiments détruits. Il s’agit d’un des tremblements de terre les plus meurtriers du 21e siècle. Une aide internationale d’urgence devait être dépêchée sur place, mais la situation sécuritaire et politique de la Syrie a entraîné des réticences de certains Etats à collaborer avec le pouvoir syrien. Lorsque les secours internationaux arrivèrent sur place, ils peinèrent à accéder aux zones tenues par les rebelles. Les Casques blancs furent alors le dernier recours pour acheminer l’aide humanitaire et apporter des soins d’urgence…  

 

Reconstruire la Syrie 

  

Alors que les combats en Syrie sont encore quasi-quotidiens, les Casques blancs eux pensent déjà à l’après, à reconstruire leur pays. Ils ont formé des équipes chargées de défricher les terres agricoles pour que les agriculteurs puissent commencer à cultiver les terres et nourrir les communautés. Ils restaurent peu à peu les écoles afin que les enfants puissent retourner étudier et sécurisent les routes en retirant les mines non explosées. « Une importante réduction des financements nous empêche d'accélérer la reconstruction du pays. Toutefois, elle se poursuit. Pour l'instant, nous nous concentrons sur la réhabilitation de 45 écoles et de 20 établissements médicaux. Par ailleurs, nous avons également construit un centre de cancérologie, un hôpital ainsi qu’une école » dévoile Raed Al-Saleh, le directeur des Casques blancs.  

 

Les femmes au coeur de l’action  

 

Elles sont environ 200 et occupent des fonctions similaires aux hommes. Elles sont également formées pour prodiguer des conseils en traumatologie, offrir une sensibilisation aux communautés pour aider les enfants et les familles à se préparer aux attaques et à se reconstruire par la suite. Dans les zones où les services médicaux se font rares, elles ont ouvert des cliniques de santé. Pour le fondateur et directeur de l’organisation, la présence de femmes au sein des rangs de l’ONG est « impérative car elles nous permettent d’accéder aux populations les plus vulnérables, les femmes et les enfants. Elles sont plus à même de définir les besoins de la société, notamment lorsqu’il s’agit des besoins pour les femmes. » explique-t-il, et d’ajouter : « Alors que certains membres de nos communautés ont pu être sceptiques quant au rôle des femmes volontaires au sein des Casques blancs, en particulier dans des domaines tels que la recherche et le sauvetage et l'enlèvement des restes de guerre et des mines non explosées, les femmes volontaires ont démontré à leurs communautés qu'elles étaient plus que capables d'assumer ces rôles, en particulier après le tremblement de terre dévastateur du 6 février. Les femmes volontaires sont devenues des leaders et des piliers de nos communautés, inspirant d'autres femmes à aller de l'avant et à briser les barrières. Leur bravoure et leur engagement ont été une lueur d'espoir pour nos communautés, encourageant tous les membres de la société à travailler ensemble pour l'amélioration de notre humanité commune. » 

 

Aider l’Ukraine : une évidence 

 

Dès le début de la guerre aux portes de l’Europe, les Casques blancs ont proposé d’apporter leur aide, à distance, à la population ukrainienne. Ils enregistrent des tutos dans lesquels ils partagent leur expérience pour soigner les blessés ou encore se préparer à d’éventuelles attaques chimiques. Ils mettent notamment en garde contre les doubles frappes, cette méthode qui fait de nombreuses victimes auprès des secouristes notamment. Enfin, ils prodiguent de nombreux conseils : les secouristes ukrainiens documentent leur travail à l’aide de caméras GoPro notamment pour se protéger d'éventuelles campagnes de diffamation. Une démarche essentielle dans cette guerre où la diffusion de narratifs manipulateurs de la part du pouvoir russe est monnaie courante… « Je me suis rendu à Kiev et à l'hôpital de Marioupol. Avec les personnes que j’ai rencontrées sur place nous avons discuté des défis auxquels ils sont confrontés actuellement. Pour de nombreuses raisons, nous sommes liés au peuple ukrainien. Vu notre expérience en Syrie, nous pouvons comprendre la douleur du peuple ukrainien. Bombarder les populations, les hôpitaux, les infrastructures, telle est la stratégie de la Russie en Ukraine, elle n’a pas changé depuis des années. Ils faisaient exactement la même chose en Syrie. Les mêmes atrocités se répètent. » souligne le directeur des Casques blancs, et d’ajouter, dubitatif sur l’avenir de son pays : « Personne ne peut savoir quel sera l’avenir de la Syrie. J'espère que la situation s'améliorera, que toutes les victimes de la guerre obtiendront justice et que les responsables seront inculpés ». Pour les Casques blancs, ces hommes et femmes unis, courageux et résilients, l’espoir reste de mise, en témoigne leur devise : « Celui qui sauve une vie, sauve l’Humanité toute entière ».  




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