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Luxe régénératif, décarbonation, respect de la dignité humaine : Kering repense son impact

Marie-Claire Daveu, ingénieure agronome de formation, ancienne directrice de cabinet de Serge Lepeltier et de Nathalie Kosciusko-Morizet, tous deux anciens ministres de l’Ecologie et du développement durable est, depuis 2012 directrice du développement durable et des relations institutionnelles internationales du Groupe de luxe Kering. Membre du Comité exécutif et à la tête d’une équipe d’une soixantaine de personnes, rencontre avec une femme de conviction qui oeuvre depuis plus de vingt ans pour faire bouger les lignes sur les questions environnementales et sociétales.


Propos recueillis par Camille Léveillé et Mélanie Bénard-crozat


Un engagement historique croissant


François-Henri Pinault, PDG du Groupe Kering, a lui-même fait du développement durable une dimension centrale de son groupe depuis plus de 15 ans (Gucci, Saint Laurent, Balenciaga, Boucheron, etc.). Le groupe a annoncé en février dernier un chiffre d'affaires de 17,6 milliards d'euros et un bénéfice net de 3,2 milliards d'euros, dépassant ses résultats d'avant la pandémie. Croissance et développement durable peuvent donc être un mariage heureux. Notre objectif n'est pas la décroissance : notre stratégie définit la manière dont nous repensons nos activités afin de continuer à croître demain, avec succès et de manière pleinement responsable, ceci en aidant

notre secteur à se transformer et à contribuer à relever les défis sociaux et environnementaux de notre génération. Nous avons par exemple signé une charte avec le groupe LVMH sur les relations de travail et le bien-être des mannequins appliquée à l'ensemble de nos marques, et ce partout dans le monde. Il s’agit d’une question de respect de la dignité humaine et de responsabilité. Une dimension clé qui occupe une place centrale au cœur de notre stratégie globale tout comme l’ensemble des sujets environnementaux, de bien-être animal, climatiques, de décarbonation et de biodiversité ou encore d’innovation durable. Kering est par ailleurs la première entreprise du CAC40 à disposer d’un comité développement durable au niveau du conseil d’administration présidé par Emma Watson. Kering s'engage ainsi concrètement, depuis plusieurs dizaines d'années, pour d’abord éviter, puis limiter les répercussions de son activité sur les populations et l’environnement. Un engagement qui se renforce et accélère d’année en année.


Transparence et amélioration


De la même manière que le Groupe rend des comptes sur ses performances financières, il publie ses objectifs et ses résultats en matière sociale et environnementale. Cela permet une transparence totale envers les clients, les collaborateurs, les actionnaires et les ONG. Nous avons ainsi développé, il y a dix ans, un outil de mesure de notre impact sur l’environnement, le Compte de Résultat Environnemental (Environmental Profit & Loss Account ou « EP &L »). À l'échelle du Groupe, l’an dernier, nous avons réussi, avec 4 ans d’avance sur notre objectif, à atteindre une réduction de 40 % de notre empreinte environnementale en intensité. Et d’ici à 2025, nous souhaitons que 100 % de nos matières premières clés soient en ligne avec les standards que nous avons formalisés.

Mais au-delà des réussites et des ambitions, les indicateurs nous permettent aussi d’identifier les points d’amélioration ou les résultats que nous ne sommes pas parvenus à atteindre. Si nous progressons beaucoup, tout n’est pas parfait.


Innovation durable et démarche collaborative


Innover pour s’orienter vers des matériaux plus respectueux de l’environnement et intégrer les dimensions sociales nous obligent à prendre en compte des aspects qui peuvent bouleverser nos habitudes, tout en veillant à conserver nos très hauts standards de qualité. Il faut ainsi trouver l’équilibre entre cette nécessaire responsabilisation, les attentes de nos clients et la poursuite du développement de notre Groupe. L’innovation disruptive nous conduit à regarder vers le monde universitaire, les ONG et les start-up du monde entier. Nous travaillons avec plus d’une centaine d’entre elles. Quand on parle d'innovations, il faut en effet prendre en compte le temps nécessaire pour les développer. Et les effets néfastes du changement climatique, de plus en plus visibles, démontrent que le temps nous manque.

Mais certaines innovations sont déjà opérationnelles. En travaillant avec des universitaires, nous avons réussi à mettre au point différents processus de tannage sans les polluants. En 2021, après deux ans de recherches, Gucci a lancé Demetra, une nouvelle matière écologique non animale utilisée pour des baskets. Au dernier défilé Balenciaga était également présenté un manteau en une simili-peau issue de mycélium, et désormais disponible en boutique.

Un changement des mentalités doit s’opérer dans l’ensemble du secteur. Kering est pionnier mais ne va pas résoudre à lui seul ces questions. Nous apportons notre contribution et avons un rôle à jouer. Mais c’est collectivement que nous relèverons ces défis. Nous devons donc partager nos idées, nos bonnes pratiques et co-construire avec nos concurrents, nos fournisseurs, les designers, nos collaborateurs et la jeune génération, des modèles vertueux et responsables. C'est dans le partage que nous parviendrons à faire bouger les choses.


Du luxe régénératif à l’économie circulaire


En 2021, un pas de plus a été franchi avec la création du Fonds Régénératif pour la Nature avec l’ONG Conservation International. Il a pour but de transformer un million d'hectares d'exploitations agricoles et de pâturages en espaces d'agriculture régénérative pour fournir des matières premières telles que le cuir et le coton. Aujourd’hui, un autre terrain d’un million d'hectares est ouvert à d’autres groupes du luxe qui sont intéressés pour rejoindre cette belle initiative. Là encore, la démarche collaborative sera gage de succès. Nous avons également décidé depuis 2019 d’arrêter la destruction de nos invendus à travers le monde. Cela nous permet de développer une démarche de recyclage, qui implique aussi de nouvelles contraintes que nous essayons de dépasser avec nos équipes progressivement. En parallèle, nous avons également une réflexion avancée autour de l’économie circulaire.


Au plus près de la jeune génération


Les ingénieurs, les commerciaux, les créatifs qui arrivent sur le marché ont le développement durable dans le sang ! C'est un gain de temps pour nous et pour la planète. Nous sommes également très impliqués dans la formation des étudiants et des futurs créatifs, notamment au travers de la Chaire Sustainability fondée avec l'Institut Français de la Mode. Avec le London College of Fashion, nous avons créé un MOOC sur le développement durable, gratuit et ouvert à tous publics. Nous tissons aussi des partenariats innovants dans des universités en Italie, en Chine et aux Etats-Unis... Nos actions sont nombreuses et se multiplient pour donner aux générations futures les outils pour adopter les bons réflexes au profit de leurs créations.


Préserver la planète, engager les individus et transformer nos façons de faire, tout cela est encore possible. Restons pragmatiques, et que cela s’accompagne de l’émergence d’une sobriété heureuse.



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