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Objectif pêche durable

Dernière mise à jour : 26 janv. 2023

Pratiquée depuis les temps immémoriaux, la pêche suscite aujourd’hui les réflexions tandis que la demande en ressources halieutiques augmente d’année en année. Adapter nos pratiques pour prendre le tournant d’une pêche plus durable est un enjeu majeur pour préserver les écosystèmes marins et les espèces qui les habitent, tout en garantissant la viabilité économique des activités de pêche.


Par Alexis Papin


© Vinh Lâm


Secteur critique


Se tourner vers des pratiques durables repose d’abord sur la lutte contre l’ensemble des activités de pêche illégale, non déclarée et non réglementée (INN). Particulièrement concernée, la surpêche mondiale menace directement l’existence de certaines espèces. La langouste est notamment en danger en Polynésie française, en dépit des règles de taille et la période de 3 mois d’interdiction de pêche qui y régissent la filière.¹ Difficile dès lors de garantir la pérennité de certaines ressources dans des espaces où les contrôles restent rares. La pêche illégale est une autre facette du fléau qui frappe aujourd’hui l’activité. Les estimations de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) dressent un lourd bilan : un poisson pêché sur cinq provient de la pêche illicite non déclarée.² Ces pratiques propres aux activités pirates sont parfois exploitées par des pays notamment en Afrique de l’Ouest où près de 40% des prises sont considérées comme illégales.³ Principale responsable : la flotte hauturière chinoise, qui compterait pour 30% des navires ayant eu recours à de telles activités ces dernières années en particulier dans les Etats du golfe de Guinée.⁴ Des pratiques qui viennent accélérer d’autres facteurs comme le changement climatique qui pèse sur la vie marine. D’ici les années 2100, les températures océaniques devraient augmenter de 1 à 4 °C, menaçant les espèces et leurs habitats respectifs. En plus des écosystèmes, toute une communauté de pêcheurs se voit menacée.⁵ « Plus de 58 millions de personnes dépendent directement de la pêche et de l’aquaculture » soulignait Manuel Barange, biologiste et directeur de la division des pêches et de l’aquaculture de la FAO.⁶


Progrès politiques


« Nous avons la responsabilité de gérer et d’utiliser toutes les ressources aquatiques de manière durable », affirmait Manuel Barange.⁷ C’est aujourd’hui toute une filière qui doit s’aligner sur de nouveaux engagements politiques qui tentent d’inverser la tendance. En Europe, le Fonds européen pour les affaires maritimes, la pêche et l’aquaculture (FEAMPA) 2021-2027 prévoit une enveloppe de plus de 6 milliards d’euros afin de financer des projets de transition. En ligne de mire : le financement de nouveaux moyens de contrôle des océans, de création de nouvelles cultures aquacoles responsables ou encore le développement des bateaux de pêche de demain, moins polluants.⁸ Parmi les territoires suivis, la région de Madère, la Catalogne ou encore la Bretagne, ayant signé en décembre dernier cette convention.⁹


Vers une pêche durable


Afin de pallier les problématiques de surpêche sévissant notamment dans les zones de haute mer, mais aussi face à une hausse de la demande en ressources halieutiques, l’aquaculture s’affirme comme une solution de choix selon la FAO. C’est aujourd’hui près de 580 espèces qui sont élevées à travers le monde, correspondant à près de 50% de l’ensemble du poisson consommé.¹⁰ Face à cette hausse de l’aquaculture, se pose la question de la durabilité de ces pratiques d’élevages. Certaines initiatives prennent les devants. L’entreprise norvégienne Skretting produit notamment des aliments destinés à ces cultures, adaptés à la production biologique et sans pesticides. Différents types de fermes existent. La société américaine Australis Aquaculture s’appuie sur des exploitations offshore de saumons, afin de réduire l’impact des fermes sur les écosystèmes côtiers. Dans cette logique d’amélioration, certains espaces menacés par la pêche INN repensent leurs approches pour protéger les écosystèmes. Le gouvernement des îles Salomon, en collaboration avec la Fondation Prince Albert II de Monaco, finance un projet de pêche durable. Ce programme a pu aboutir dans la mise en service de 24 palangriers équipés de dispositifs de surveillance électronique, caméras et capteurs afin de mener une pêche efficace toute en suivant l’état des fonds. Cette initiative a aussi permis de sensibiliser les locaux à la relâche d’espèces vulnérables.¹¹ Un enjeu décisif pour les 900 îles qui composent l’archipel, responsables d’environ 5% de l’approvisionnement mondial en thon.¹²


Mieux consommer


Le consommateur dispose d’un véritable pouvoir accélérateur pour contribuer au changement et soutenir les filières responsables. Greenpeace insiste notamment sur la limitation de la consommation d’espèces menacées comme le thon rouge ou encore de grands prédateurs à l’image du cabillaud.¹³ Autre élément supposé guider le consommateur : les labels « pêche durable », mais ceux-ci sont régulièrement remis en cause pour être trompeurs, à l’image du label MSC vivement critiqué à plusieurs reprises par l’ONG Bloom. Face à l’incertitude du consommateur, le moyen le plus sûr reste de privilégier les circuits courts. En France, la plateforme Poiscaille permet l’achat de produits locaux, pêchés à moins de 20km des côtes, sur des navires de moins de douze mètres. Une solution permettant une traçabilité et une meilleure rémunération de ceux qui s’engagent concrètement en faveur de la pêche durable.



¹ « Langouste : la surpêche et la surconsommation menacent la ressource », France Info Polynésie, 23 décembre 2023.

² « Le traité de la FAO sur la pêche illégale désormais approuvé par 100 Etats parties », ONU info, 7 novembre 2022.

³ Peyron, Julien. « Pêche : comment la Chine pille les mers africaines », Le Point, 30 décembre 2022.

Ibid

⁵ « Climate change and fishing », Marine Stewardship Council.

⁶ « Une stratégie de « transformation bleue » pour améliorer les systèmes alimentaires marins », ONU Info, 29 juin 2022.

Ibid

⁸ « European Maritime, Fisheries and Aquaculture Fund (EMFAF) », Commission Européenne.

⁹ « Signature de la Convention du Fonds Européen des Affaires Maritimes, de la Pêche et de l’Aquaculture 2021-2027 », Région Bretagne, 21 décembre 2022.

¹⁰ Bello, Camille. « What is aquaculture and can it prevent overfishing? », euronews.green, 28 mai 2021.

¹¹ « Sustainable management of tuna fisheries in the Solomon Islands », Fondation Prince Albert II de Monaco.

¹² Ibid

¹³« Quels poissons consommer sans nuire à la planète ? », Greenpeace, 11 avril 2017.

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