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Rire est salvateur ! Place à la joie et au bonheur

La maison brûle et la voir partir en fumée est effrayant. Ne rien faire l’est aussi. Et si la clé du bonheur résidait dans l’action ? Mieux : et si pour faire bouger les choses et être résilients face aux crises, il fallait s’autoriser le bonheur ?


Par Maya Wall


« Bienheureux les simples d’esprits », dit le proverbe. Face aux crises multiples qui nous assaillent, la tentation est grande de rester dans le déni. De choisir le bonheur plutôt que la vérité et le savoir. Car savoir ce qu’il va advenir de nous, humains, lorsque ces crises sanitaire, sociale, économique et écologique seront passées – si elles passent un jour – effraie. Pire, trouver quelle posture adopter dans ces moments est synonyme d’angoisse pour beaucoup. Selon une étude de la revue Lancet, publiée en décembre 2021, 59 % des 16-25 ans se disent « très » ou « extrêmement anxieux » concernant l’avenir de la planète. Mais si ne pas savoir est synonyme de ne pas agir, alors ce n’est sûrement pas la bonne approche. En revanche, pourquoi devrions-nous à tout prix renoncer au bonheur et à notre joie de vivre ? Il faut sûrement l’être pour continuer à se battre, au contraire. En tout cas, c’est ce que pense de nombreuses personnes engagées. Les émotions fortes se transmettent. Plutôt que de véhiculer la peur, autant tenter de faire se multiplier l’espoir et la joie. Encore faut-il savoir ce qu’est concrètement, la joie. « C’est un sentiment assez instantané », définit Gaël Brulé, professeur en santé environnementale à la haute école de Genève et auteur d’une thèse en sociologie sur le bonheur. « Tout le monde n’a pas la même perception de la joie, mais ce sont des moments passagers. Cela diffère du bonheur dans le sens où celui-ci tend à prendre une dimension plus réflexive. En général, pour évaluer la joie, on demande aux gens s’ils ont ressenti de la joie dans la semaine précédent leur réponse au questionnaire tandis qu’on demande une évaluation plus poussée concernant le bonheur. La question sera plutôt de l’ordre : ̎ Êtes-vous heureux dans votre vie en général? ̎ »

Une demande de joie La réponse n’est jamais aussi simple que la question. Depuis plusieurs siècles, les philosophes se déchirent pour savoir ce qu’est le bonheur. Les hédonistes le prônent dans le plaisir, par exemple. L’épicurisme, le fait de « cueillir le jour », est une forme d’hédonisme. D’autres sont partisans de la recherche du bonheur dans la quête de sens. Il faudrait trouver une meilleure version de sa vie pour enfin être heureux. Peut-être est-ce simplement le signe d’une époque, mais cette seconde interprétation semble être particulièrement recherchée ces derniers temps. Dans les entreprises, dans les écoles supérieures, dans les institutions, il semblerait que la tendance soit à la quête de sens. « Je crois qu’il y a une crise de l’ambiance au travail », analyse Corinne Cosseron, fondatrice de l’Ecole du rire et intervenante dans les entreprises depuis plusieurs années. Le fait qu’un demi-million de Français aient décidé de quitter leur poste au cours du premier semestre 2022, après deux ans de crise sanitaire est assez révélateur, selon elle. « C’est une demande de joie. C’est dire : quitte à gagner moins, autant trouver du sens à ce que je fais. » Corinne Cosseron sait bien de quoi elle parle. Parisienne et journaliste pendant des années, elle a tout quitté au tournant du millénaire « pour faire quelque chose de plus utile ». Après quatre ans d’études de psychologie, elle s’est rendu compte que cela ne lui ne convenait pas non plus. « J’ai déménagé au bord de la mer, je me suis dis que c’était un bon début. Et je suis tombée sur un médecin indien qui expliquait que ses patients joyeux guérissaient plus vite que les autres. J’ai créé le premier club de rire en 2000. » Depuis, elle enseigne yoga du rire et rigologie – quand le yoga du rire consiste à forcer le rire pour qu’il finisse par venir naturellement, la rigologie s’occupe de libérer toutes les émotions enfouies, sans se forcer – à des milliers de personnes.

La fameuse résilience

En réalité, explique Gaël Brulé – qui a lui aussi quitté son poste d’ingénieur parce qu’il n’y était « pas très heureux » afin de se consacrer à la recherche quasi littérale du bonheur – il n’y a pas de recette miracle. « Tout dépend des gens et des sociétés. Les protestants, par exemple, ont une culture du bonheur basée sur la réalisation de soi », dit-il. D’autres peuples ont développé avec le temps une autre matière d’être heureux. A l’heure où il est souvent question de résilience – « comment avoir de la joie quand tout explose autour de moi ? », se questionne Gaël Brulé – et de courage face à l’adversité, les Finlandais semblent avoir lié tous ces éléments en un seul et même état d’esprit depuis des décennies : le sisu. Ce mot difficile à traduire imprègne la culture du pays qui est, depuis quatre ans maintenant, considéré comme le plus heureux au monde. Il renferme une idée d’adaptation, de rebond, de courage, de persévérance, en toute circonstance. Les Finlandais seraient tout simplement dans cette philosophie et cet environnement. Face aux conditions climatiques et météorologiques extrêmes, rien de tel que le sisu. « Le bonheur est social donc il risque d’être plus compliqué à trouver dans des contextes de crise, prévient Gaël Brulé. C’est un maillage qui se construit ou se déconstruit collectivement. Mais même dans les pires moments, trouver le bonheur n’est pas impossible. » Pour Corinne Cosseron, avant de se tourner vers le collectif, il faut d’abord être heureux de et avec soi-même. « On ne peut pas être concentré sur les autres tant que l’on n’est pas en phase avec soi-même, explique-t-elle. Il faut apprendre à s’aimer. » Pour apprendre à faire tout cela, l’école du rire propose, en plus de ses stages payants de yoga du rire, de méditation de la joie ou de rigologie, des séances de « Rigolo’zoom », gratuites, deux fois par jour. L’occasion, peut-être, de se laisser tenter par la joie.

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