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Une fracture numérique à résorber de toute urgence !

« Une fracture numérique croissante pourrait maximiser les fractures sociales et compromettre les perspectives d'une reprise inclusive » avertissait le Global Risks Report du Forum économique mondial en 2021.[1] Deux ans plus tard, les effets de la fracture numérique sont plus que jamais d’actualité. Les personnes concernées sont toujours plus nombreuses et leurs profils variés. Si les défis à relever sont aujourd’hui majeurs, une multitude d’acteurs se mobilisent pour apporter des réponses qui commencent déjà à porter leurs fruits !

 

Par Diane Cassain



© Shutterstock

 

De nombreux défis à relever

 

Contrairement aux idées reçues, la difficulté d’accès au numérique ne touche pas seulement les personnes âgées. 20 % des jeunes de moins de 25 ans estiment être éloignés du numérique. Plus largement, plus d’un usager sur trois manque de compétences numériques basiques et un Français sur six n’utilise pas internet…[2] De quoi faire réfléchir d’autant que de plus en plus de démarches administratives se font en ligne et que des programmes d'identité numérique voient peu à peu le jour sur l’ensemble de la planète. Au-delà de l’âge, le phénomène de l’illectronisme est également social. Les personnes éloignées de l’emploi ou avec peu de ressources sont proportionnellement plus nombreuses que les cadres à avoir des difficultés. A noter que 30 % des personnes ayant droit à des aides sociales ne les perçoivent pas, notamment en raison de la fracture numérique. Si elle n’est pas la seule responsable, elle y contribue.[3] 90 % des personnes issues de l’immigration disposent d’un smartphone, mais seulement 50 % possède un ordinateur. Le manque de moyens financiers et de connaissance du monde numérique ou encore la configuration des outils en français sont autant de freins concourant à l'extension de cette fracture. Les personnes handicapées sont elles aussi touchées de plein fouet par l'inaccessibilité des outils numériques. Les personnes malvoyantes quant à elles font face à de lourdes difficultés lorsqu’il s’agit de naviguer sur Internet malgré la loi de 2005 qui impose aux administrations d'indiquer sur leur site leur degré d'accessibilité aux personnes malvoyantes. Elles seraient 7,5 % à respecter cette obligation…[4] 

16 millions de Français seraient actuellement éloignés du numérique pour des raisons d’accès au matériel, de connexion au réseau ou par manque de formation aux outils informatiques. Aujourd'hui, le très haut débit est accessible pour une majorité de Français. Mais, dans les régions n'étant pas équipées, le fossé de la fracture numérique se creuse. Sans surprise, les départements ruraux sont les plus touchés. Près d’un tiers (32,6 %) des 8,8 millions d’habitants des communes de moins de 1 000 habitants ne disposent pas d’une connexion à Internet en très haut débit et 10,1 % d’entre eux sont même privés d’un internet de qualité minimale…[5] 

 

 

Quid de la fracture numérique à l’international ?

 

La France n’est pas le seul Etat à faire face à ces défis. Aux Etats-Unis, les communautés pauvres et celles des zones rurales ont souvent un accès limité à Internet, les freinant en termes d’opportunités économiques mais aussi de compétences. Le Brésil aurait besoin de 9,5 milliards de dollars d’investissements sur cinq ans pour promouvoir l'inclusion numérique de 15,8 millions de personnes qui n'ont actuellement pas accès à un Internet fluide. Dans le pays, la fracture numérique renforce les inégalités sociales et la possibilité, pour les enfants, de briser le plafond de verre. 55 % de ceux dont les parents n’ont pas reçu d'instruction scolaire n’ont aujourd’hui, pas accès à Internet. « Comme nous nous concentrons sur l'éradication de la faim et de la pauvreté, nous devons nous concentrer sur l'éradication de la pauvreté numérique »[6] déclare Marcelo Madeiros, sociologue. En Inde, pays gangréné par la misère et les inégalités sociales, la fracture numérique résonne. Les 20 % des ménages les plus pauvres sont 2,7 % à avoir accès à un ordinateur et 2,5 % à un téléphone portable. Dans le pays moins de 50 % des personnes éloignées de l’emploi disposent d’un téléphone portable.

En Afrique, la République Démocratique du Congo s’attache à raccorder les zones péri-urbaines et rurales encore privées d'accès aux réseaux. « Nous devons adresser les zones blanches en développant la connectivité, l’accès aux terminaux mais aussi la mise en place de formations et de contenus adaptés à chaque profil. Nous devons agir plus activement en faveur des populations vulnérables. Nous consacrerons 20 % des 65-70 millions de dollars (2022) du Fonds de services universels à la lutte contre la fracture numérique qui est un des axes majeurs de notre stratégie numérique 2023. Nous allons initier plusieurs actions concrètes dont l’équipement de classes dans les écoles primaires et secondaires en matériel informatique. Les écoles étant au centre des villages, nous souhaitons ouvrir ces espaces l’aprèsmidi lorsque l’enseignement est terminé, à tous les habitants afin de rendre ce numérique accessible à tous et créer ainsi une dynamique intergénérationnelle. » explique Dominique Migisha, coordonnateur de l'Agence pour le Développement du Numérique (ADN) de la RDC. Un projet conséquent qui couvrira à terme 80 000 écoles et touchera plus de 23 millions d’élèves. « Le numérique est un atout en faveur de l’inclusion sociale mais aussi financière. Grâce aux opportunités que représente le numérique, nous pouvons offrir de belles opportunités d’avenir aux congolais et rendre les zones les plus reculées économiquement viables. » ajoute le coordonnateur. Une démarche que le coordonnateur entend accompagner de formation au numérique et à la cybersécurité. "Nous avons également le devoir de protéger la population dans l'espace numérique. Cela passe inévitablement par la mise en place d'action de sensibilisation et de contenus adaptés."

 


Une mobilisation générale

 

La révolution numérique est en marche. Elle constitue l'un des principaux avantages notamment en matière d'inclusion sociale et financière. Permettant d'éliminer des considérations géographiques ou encore d'accéder à l'information, le numérique doit permettre l'égalité entre les Hommes. « Pour que le numérique soit facteur d’inclusion, nous devons attirer tous les talents : les femmes et les personnes issues de la diversité sont encore minoritaires et nous devons les aider à intégrer ces domaines d’avenir ›› souligne Jean-Noël Barrot dans les colonnes de S&D Magazine.

En France, la fracture numérique est adressée par l’Etat depuis 1999. Grâce à une enveloppe de 44 millions d'euros, l’Etat a récemment recruté 4000 conseillers numériques. « Il nous faut désormais coordonner l’action de toutes celles et ceux qui participent à réduire la fracture numérique » exprimait Jean-Noël Barrot au micro de France Bleu, et d’ajouter : « Il faut également que les concepteurs se mettent à la place de celles et ceux qui sont éloignés du numérique »,[7] pour adresser au mieux leurs problématiques, en développant, par exemple, des applications plus simples d'utilisation. De leur côté, les collectivités locales peuvent désormais, grâce au don de matériel informatique à des associations d’intérêt général autorisé, renforcer la lutte contre l’illectronisme. Selon le baromètre de Docaposte, 81% des collectivités déclarent que le sujet du numérique est l’une de leurs priorités.[8] Elles considèrent que le numérique devrait être intégré le plus tôt possible à l’école afin d’acculturer les élèves aux usages qu’il propose. Autre action, celle des Solidaribus du Secours Populaire qui sillonnent les routes de France pour former les populations au numérique, notamment les plus novices. Emmaüs Connect est largement engagé au travers l’accès à des moyens de connexion à prix solidaire, à du matériel reconditionné bon marché et à de l’apprentissage gratuit pour l’acquisition de compétences basiques. En 2021, l’initiative Stop au gâchis numérique avait permis de sauver 10 000 appareils et, l’année suivante, l’association a atteint les 100 000 bénéficiaires grâce au 300 relais numérique présents sur l’ensemble du territoire. Des collaborations entre entreprises émergent également. La start-up Granny & Charly, spécialisée dans la mise en relation entre personnes âgées et étudiants ou jeunes actifs pour le maintien des séniors à leur domicile, s’est récemment associée à l’application de livraison de courses à domicile Getir pour lutter contre cette fracture numérique. Les Charly apprennent aux séniors à utiliser l’application alors que près de la moitié des plus de 75 ans n’ont pas Internet chez eux. « L’utilisation de l’application permettra à nos seniors d’être autonomes dans leurs courses du quotidien qui reste un enjeu majeur et un problème grandissant face à un vieillissement qui s’accélère »[9] souligne Amélie Frély PDG de Granny et Charly. Depuis 3 ans, le gouvernement vietnamien, s'engage, au travers de différents ateliers, pour former au numérique les quelques 23 millions d'élèves que compte le pays. Au programme : prise de conscience des opportunités offertes par le numérique et de l'éthique du numérique, dons de matériels ou encore montée en compétences sur les outils numériques. De nouvelles connexions internet plus puissantes ont été installées dans plusieurs régions jusqu'alors peu adressées et 100 000 ordinateurs ont été distribués aux étudiants pour leur apprentissage en ligne. En Afrique, faire prendre conscience aux jeunes filles des opportunités offertes par les technologies fait partie des combats d'Esther Iddrissou, béninoise engagée pour un numérique plus inclusif. « Il faut que les femmes qui sont dans le numérique créent des communautés autour d'elles afin de mieux impacter le numérique au Bénin. Plus on aura de femmes et mieux ce sera pour l'implication et la prise en compte du genre dans le numérique ›› témoigne-t-elle.

 


[1] The Global Risks Report 2021, World Economic Forum

[2]Stéphane Vernay, “Illectronisme : « Un Français sur 3 reste éloigné du numérique », selon le ministre”, Ouest France, 6 avril 2023

[3]“Près de 30 % des personnes éligibles à une aide sociale ne la demandent pas”, L’Obs, 13 décembre 2022

[4]Laurine Pollavini, “Trop de sites internet restent encore inaccessibles pour les malvoyants”, Le Figaro Santé, 21 juin 2022

[7]“Jean-Noël Barrot : "La fracture numérique est un phénomène social et civique”, France Bleu, 7 avril 2023

[8]“La transformation numérique, une priorité pour les collectivités”, Docaposte, 16 janvier 2021

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