Briser le cycle de la pauvreté : le modèle de graduation du Bangladesh
- 2 oct. 2025
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Parvenir à sortir durablement les plus pauvres de l’extrême pauvreté, avec dignité, en quelques années : c’est le pari relevé par une ONG du Bangladesh, BRAC, grâce à un programme novateur devenu un modèle mondial.
C’est dans les zones rurales du Bangladesh, parmi les plus défavorisées du pays, que l’ONG BRAC a lancé en 2002 un projet d’un genre nouveau : le « Graduation Programme ». Objectif : offrir aux plus pauvres — souvent des femmes sans ressources, analphabètes, isolées — un tremplin durable vers l’autonomie économique et sociale.
Si des initiatives de lutte contre la pauvreté existaient déjà : microcrédit, aide alimentaire, subventions, elles échouaient à atteindre les personnes les plus marginalisées, celles pour qui même un prêt minime était inenvisageable. BRAC décide alors de concevoir une approche intégrée, progressive, adaptée aux réalités de terrain.

Un accompagnement sur deux ans, étape par étape
Le principe du programme est simple mais exigeant. Sur une durée de 24 mois, les participantes bénéficient d’un ensemble coordonné d’interventions : un transfert d’actifs (bétail, matériel agricole, stock pour commerce) leur permet de démarrer une activité génératrice de revenus ; une formation pratique les initie à la gestion d’activité, aux soins vétérinaires ou à l’épargne ; un soutien financier de base les aide à survivre pendant la phase de transition, sans s’endetter et un accompagnement social hebdomadaire assure un suivi personnalisé, l’inclusion dans des réseaux communautaires et l’accès aux services publics (santé, scolarisation des enfants).
À la fin des deux ans, les participantes ont acquis des compétences, une stabilité économique, une confiance en elles. Le passage à une inclusion financière plus classique (microcrédit, coopératives) devient alors possible.
Des résultats spectaculaires, confirmés par les données
Dès les premières années, les résultats sont au rendez-vous. Selon une évaluation indépendante du MIT et de l’université Yale, plus de 95 % des bénéficiaires sont sorties de l’extrême pauvreté, avec des effets durables observés jusqu’à sept ans après la fin du programme.
Elles possèdent des actifs, épargnent, mangent à leur faim, envoient leurs enfants à l’école. Certaines deviennent employeuses ou investissent dans des activités plus complexes. Le modèle repose sur un coût modéré : entre 300 et 600 dollars par bénéficiaire sur deux ans.
Une exportation mondiale
Face au succès, le modèle de BRAC inspire rapidement d’autres pays. Dès 2006, des programmes pilotes sont lancés en Éthiopie, au Pakistan, au Honduras. En 2013, la CGAP (Banque mondiale) et le FIDA (ONU) s’associent pour créer le Graduation Approach Global Learning Collaborative. Aujourd’hui, plus de 50 programmes dans 40 pays s’appuient sur ce modèle, souvent adapté au contexte local (conflits, climat, genre…).
Certaines institutions, comme le HCR ou la Croix-Rouge, l’appliquent dans des contextes de crises prolongées. Le Rwanda l’a inscrit dans sa stratégie nationale. Même les États-Unis l’ont testé dans l’État du Connecticut.
Un ODD à l’œuvre : « pas de pauvreté »
Le Graduation Programme illustre avec clarté l’ODD 1 : éliminer la pauvreté sous toutes ses formes. Mais il incarne aussi les ODD 5 (égalité des genres), 8 (travail décent), 10 (réduction des inégalités) ou encore 2 (faim zéro).
Ce qui le distingue, c’est sa capacité à redonner aux plus vulnérables les moyens d’agir sur leur propre destin, sans dépendance ni assistanat. À l’heure où l’extrême pauvreté remonte dans certaines régions du monde, le modèle de graduation apparaît plus que jamais comme un outil éprouvé, adaptable et puissant.



