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La protection de l’enfance en ligne : le combat s’intensifie !

Novembre 2023. La France se mobilise à nouveau pour la protection de l’enfance en ligne.

S’il est un formidable outil pour promouvoir la connectivité, renforcer l’inclusion sociale et favoriser la croissance économique, le numérique comporte de nombreux dangers. Aussi, l’Elysée, renforce l’action du Laboratoire pour la protection de l'enfance en ligne afin d'explorer, promouvoir, développer et évaluer des solutions qui visent à améliorer la sécurité des mineurs face aux violences, notamment l’exploitation et les abus sexuels. Après la loi portée par Isabelle Santiago et la loi SREN visant à mieux réguler l'espace numérique en cours, la France intensifie son combat. L’Espagne ou encore l’Australie se mobilisent aussi massivement. Mais l’ampleur de la tâche reste gigantesque.


Par Elisabeth de France



© Freepik


Dangers d’internet : le Laboratoire accélère


Plus de 4 Français sur 10 ont déjà été victimes de violences en ligne. Un phénomène qui concerne plus particulièrement les 18-24 ans : 87% déclarent avoir subi une situation de cyberviolence, selon l’IPSOS (2022).¹ « Les tragédies qui s’abattent sur les jeunes et leurs familles à travers le monde ont montré l'importance de répondre aux risques de violence envers les enfants notamment l’exploitation et les abus sexuels, les sollicitations et avances sexuelles facilitées par internet et la technologie, le cyber-harcèlement, le cyberproxénétisme, la traite des êtres humains, l'exposition à du contenu violent et préjudiciable, la manipulation de l’information (…) » souligne l’Elysée.²

Aussi, organisations de la société civile, entreprises, gouvernements et chercheurs, se sont réunis pour faire bouger les lignes au sein du Laboratoire conçu pour aborder des thèmes pertinents pour l'amélioration de l'environnement numérique des enfants, tels que l'âge approprié pour accéder aux contenus, les violences fondées sur le genre et le harcèlement, l'alphabétisation numérique, l’engagement et le soutien parental, la protection de la vie privée, la transparence et la modération, avec une attention particulière sur les enfants les plus à risque. « La protection des mineurs dans l’espace numérique est un combat du Gouvernement, que nous devons également mener au niveau européen et mondial. Nos enfants sont confrontés de plus en plus jeunes aux dangers d’internet : c’est notre devoir collectif de proposer des solutions concrètes aux entreprises du numérique, à la société et aux parents pour les préserver. » a déclaré Jean-Noël Barrot, ministre délégué chargé du Numérique. Des expérimentations seront lancées en 2024 sur la lutte contre le cyber harcèlement sous toutes ses formes, notamment le revenge porn. Et Charlotte Caubel, secrétaire d'Etat chargée de l'Enfance d’ajouter lors de la définition des orientations 2024 du Laboratoire : « Nous devons construire avec les membres du Laboratoire une réponse concrète, globale, et efficace pour assurer la sécurité et le bien-être des enfants en ligne. Le soutien des Etats-Unis traduit l’ambition qui est la nôtre : avoir de l’impact sur tout l’écosystème numérique. ».


Démêler le réseau de la pédocriminalité en ligne


WeProtect Global Alliance déclare que 7 jeunes sur 10 auraient été victimes de préjudices sexuels en ligne avant l'âge de 18 ans​​.³ Environ 57 % des filles et 48 % des garçons ayant eu un accès régulier à Internet pendant leur enfance ont subi au moins une forme de préjudice sexuel en ligne, avec des pourcentages encore plus élevés en Amérique du Nord, en Australie et en Europe occidentale​​.⁴

Les citoyens européens sont inquiets : 92% considèrent que les enfants sont de plus en plus en danger en ligne​​.⁵ Et ils ont raison. Les chiffres sont alarmants et, faut-il le rappeler, l’Europe héberge 62% des images et vidéos d'abus sexuels sur enfants identifiés à l'échelle mondiale en 2021​​.⁶

Le Laboratoire a jusqu’alors permis la création d’une base de données internationale visant à référencer les photos intimes partagées sans consentement devant être supprimées par toutes les plateformes ou encore l’expérimentation de la vérification de l’âge sur les sites pornographiques à travers la technologie développée par Docaposte. L’Allemagne, l’Australie, la Belgique, le Danemark, l’Espagne, l’Estonie, les Pays-Bas et le Royaume-Uni, et la France, « 9 pays appellent d'une même voix à mettre en œuvre la vérification d'âge en ligne pour protéger les enfants, notamment de l'exposition à la pornographie. » déclarait Jean-Noël Barrot début novembre.

Pour autant, parmi les acteurs engagés au sein du Laboratoire, semblent cette fois manquer à l’appel les géants du numérique. Ces mêmes plateformes dont le lobby à Bruxelles, est a contrario plus que puissant, qui plus est lorsqu’une proposition de règlement européen pour lutter contre la pédopornographie en ligne entend les obliger à mieux détecter, signaler et supprimer les contenus d'abus sexuels sur les enfants. Ce cadre réglementaire entend en effet réduire les risques de grooming et d'exposition des enfants à ces dangers​​.⁷ Très critiqué, ce règlement veut notamment obliger WhatsApp ou Google Messages à scanner des contenus privés pour y détecter des contenus pédopornographiques et détaille une série de nouveaux outils pour lutter contre la diffusion d’images et de vidéos pornographiques ainsi que les sollicitations sexuelles de mineurs avec la mise en place d’un centre européen de lutte contre l’exploitation sexuelle des enfants, qui coordonnerait l’action de l’Union européenne sur ces sujets. Il servira de référentiel pour les meilleures pratiques de prévention et d'assistance aux victimes​​.⁸ Des contestations sont émises sur la protection à la vie privée et la protection des libertés. Des objections également entendues lors de l’examen du projet de loi SREN. « Lorsqu’il s’agit de protéger nos enfants face à l’horreur et la violence, je crois qu'il faut remettre un peu de bon sens dans les débats. » rappelle Isabelle Santiago, députée. Ces propositions législatives doivent encore être approuvées par le Parlement européen et le Conseil.


Des actions prioritaires


Mais la loi, si elle est nécessaire, ne fera pas tout. Plusieurs actions prioritaires sont appelées des voeux des parlementaires et des acteurs de la protection de l’enfance, dont la responsabilisation des plateformes pour lutter contre les violences sexuelles faites aux enfants en ligne, avec l’adoption du règlement européen les obligeant à détecter et signaler les contenus pédocriminels ; la formation des professionnels à la reconnaissance des signaux d’alerte chez les enfants ; la sensibilisation des jeunes à leurs droits ou encore la sensibilisation et la responsabilisation des parents face à leurs pratiques, et aux pratiques de leurs enfants en ligne. Tout cela nécessite des budgets. Et là, une nouvelle fois, le bât blesse. Tout comme le manque d’analystes mondiaux pour surveiller et signaler les contenus pédocriminels - au nombre de 200 seulement - les technologies comme l'intelligence artificielle et le hachage sont source d'espoir, mais leur efficacité est restreinte par un manque de financement et de collaboration avec les grandes plateformes numériques.⁹

L'Australian Centre to Counter Child Exploitation (ACCCE), lancé en 2018, a conduit plusieurs actions, dont l’Opération Bakis, visant des membres australiens d'un réseau peer-to-peer qui auraient échangé du matériel pédopornographique. 13 enfants australiens ont été mis hors d'état de nuire, 21 enfants identifiés au niveau international et 19 auteurs présumés ont été inculpés. L'enquête du FBI a conduit à l'arrestation de 79 personnes pour leur implication présumée dans le réseau. Face à la tendance croissante à la sextorsion de jeunes de moins de 18 ans, l'ACCCE et le programme ThinkUKnow ont également lancé une campagne de sensibilisation et d'éducation dans les médias, médias sociaux, écoles, groupes communautaires, institutions financières et commissariats de police. 5 086 téléchargements du kit de réponse au chantage en ligne et à l'extorsion sexuelle ont été enregistré, 10 405 affiches sur la sextorsion ont été envoyées aux commissariats de police et 3 545 lettres adressées aux lycées.

Par ailleurs, INTERPOL dispose aujourd’hui d’une base de données internationale sur l'exploitation sexuelle des enfants qui contient plus de 4,3 millions d'images et vidéos d'exploitation sexuelle d’enfants ! Une base qui a contribué à identifier plus de 35 000 victimes.​​¹⁰


« Better Internet for Kids » - L’Espagne s’engage avec force


Rencontre avec Carlos Puente, expert cybersécurité pour les citoyens et les mineurs à l’Institut national espagnol de cybersécurité (INCIBE), acteur du centre national « Internet Segura for Kids » et membres des réseaux internationaux comme Insafe et INHOPE.


En 2022, nous avons répondu à près de 67 000 appels dont 32,4% concernaient des atteintes à la vie privée et à la réputation sur les réseaux sociaux, 14% les fraudes en ligne et 10% du cyberharcèlement scolaire, suivis par le sexting et les contenus préjudiciables. Notre helpline, rassemblant techniciens, psychologues, juristes, etc, conseille aussi bien les familles sur la mise en place de limites et de normes pour l’utilisation par leurs enfants des technologies numériques, que les victimes de comportements inappropriés en ligne : insultes, harcèlement, diffusion de contenus privés sans consentement, etc. Un de nos grands défis aujourd’hui est de lutter contre les actes de violence isolés, moins visibles et plus sournois que le cyberharcèlement, qui lui est répétitif, plus facilement identifiable et plus souvent rapporté, mais tout aussi inacceptable.


Sensibiliser et former tous les maillons de la chaîne

Les enfants sont bien sûr le cœur de cible de nos efforts. Nous menons nos actions dans les écoles et centres éducatifs, avec l’objectif d’atteindre le plus grand nombre d’élèves sur l’ensemble du territoire. Lors du Safe Internet Day nous avons par exemple organisé sur une seule journée des ateliers en ligne interactifs pour plus de 4000 classes et 80 000 élèves.

Tout au long de l’année des « journées scolaires » organisées dans les écoles primaires et secondaires permettent de renforcer les compétences numériques des élèves et des enseignants. Ces derniers sont des partenaires indispensables pour accompagner les plus jeunes dans l’adoption de comportements responsables dans l’espace numérique. Nous avons développé à leur intention un MOOC « Eduquer à la sécurité numérique et à la vie privée », en collaboration avec l'Agence espagnole de protection des données et l'Institut national des technologies éducatives et de la formation des enseignants. Autre brique indispensable de notre arsenal : les « cyber-coopérants », un dispositif qui permet à des bénévoles, principalement issu du monde de la tech, de participer à des actions de sensibilisation dans les centres éducatifs, les écoles, les associations de famille, etc.


Un travail d’équipe

L’INCIBE est désigné Centre de coordination national en Espagne du Centre européen de compétence en cybersécurité. Nous avons dans ce cadre une coopération solide et durable avec des institutions et services publics comme le ministère de l’Intérieur, le bureau du Procureur Général et bien sûr le ministère de l’Education, y compris au niveau local, mais aussi avec des organismes comme l’Observatoire national des technologies et de la société, Observatoire étatique de la cohésion en milieu scolaire, l’Observatoire de l’enfance... Nous renforçons également les collaborations avec le secteur privé, notamment à travers des campagnes dédiées comme celle que nous avons menée auprès de l’Association espagnole des fabricants de jouets pour sensibiliser aux risques liés aux jouets connectés. Et bien sûr les associations de familles et de parents d’élèves. Nous participons activement aux initiatives internationales, comme Internet for kids ou InHope. Avec l’Université du Pays Basque nous participons aussi à EU Kids Online, un réseau d’étude sur les opportunités et risques d’Internet pour les enfants qui rassemble des experts et chercheurs de 34 pays européens. Nous sommes aussi impliqués dans le projet européen « 4NSEEK » dont l’Espagne est le coordinateur, qui s’engage à faciliter la coopération policière internationale dans la lutte contre les abus sexuels sur mineurs et la diffusion de ces contenus. Nous intervenons notamment sur le volet « sensibilisation et formation » à destination des forces de police mais aussi des enfants, adolescents, parents et des enseignants.


Un travail de longue haleine

Les enfants d’aujourd’hui sont les citoyens de demain, mais ils sont aussi la clé d’un espace numérique sûr et serein. Le travail de sensibilisation et de formation que nous menons auprès d’eux aujourd’hui est indispensable pour contribuer à la sécurité globale de nos sociétés. Il nous appartient de les accompagner dans l’apprentissage d’un usage responsable d’Internet et des technologies numériques, et dans le développement de leur sens critique pour faire face à la désinformation, à la propagation des discours de haine en ligne, etc… Il faut aussi donner confiance aux parents, qui pensent souvent qu’ils sont impuissants face à des enfants qui connaissent mieux qu’eux Internet et le numérique. Mais ils ont, eux, l’expérience de la vie, et avec quelques conseils ils sont tout à fait capables de les accompagner.




¹ https://www.ipsos.com/fr-fr/31-des-parents-declarent-que-leurs-enfants-ont-ete-au-moins-une-fois-victimes-de-cyberviolence

² https://www.elysee.fr/emmanuel-macron/2023/11/08/charte-du-laboratoire-pour-la-protection-de-lenfance-en-ligne

³ https://home-affairs.ec.europa.eu/news/strong-support-citizens-across-eu-prevent-and-combat-child-sexual-abuse-online-2023-07-20_en

Ibid

⁵ https://commissioners.ec.europa.eu/news/eurobarometer-online-child-sexual-abuse-reveals-two-things-how-bad-people-think-situation-has-got-2023-07-28_en#:~:text=The%20result%20revealed%20two%20things,widespread%20or%20very%20widespread%20problem

⁶ https://www.iwf.org.uk/news-media/news/europe-remains-global-hub-for-hosting-of-online-child-sexual-abuse-material/#:~:text=Lawmakers%20urged%20to%20take%20%E2%80%98once,the%20Internet%20Watch%20Foundation

⁷ https://home-affairs.ec.europa.eu/news/eu-proposes-new-rules-fight-child-sexual-abuse-2022-05-11_en

Ibid

⁹ https://www.ladn.eu/tech-a-suivre/pedocriminalite-dans-la-galere-de-ceux-qui-veulent-proteger-les-enfants-sur-le-web/

​​¹⁰ https://www.interpol.int/en/Crimes/Crimes-against-children/International-Child-Sexual-Exploitation-database#:~:text=INTERPOL%E2%80%99s%20Child%20Sexual%20Exploitation%20database,more%20than%2035%2C000%20victims%20worldwide

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