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Vers un modèle économique régénératif

L’opposition entre société et nature souvent mise en lumière nous pousse à l’interrogation : s’agissait-il de la seule voie possible ? Non, selon l’anthropologue Philippe Descola qui, dans son ouvrage Par delà nature et culture, rappelait que nous n’avions choisi qu’un chemin parmi le large éventail de possibilités pour considérer la nature. Alors aujourd’hui, au moment où l’action néfaste de l’Homme sur son environnement est plus que jamais visible, il convient de repenser le modèle même qui structure nos économies afin de continuer à faire vivre nos entreprises tout en les réorientant vers de nouveaux horizons. Pour certains, il s’agit de mettre dès maintenant le cap sur l’économie régénérative.

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Agir, mais mieux

« Sans régénération, l’ESG nous emmène dans le mur » déclarait Antoine Denoix début novembre. Dans sa tribune, le PDG d’Axa Climate pointe du doigt les limites des approches de responsabilisation environnementale et sociale, qui se développent dans les pratiques des entreprises et des organisations. Si ces approches apparaissent comme un premier pas nécessaire, Antoine Denoix en appelle à un élargissement du champ d’action et un changement de paradigme central, de la durabilité vers la régénération.

« Nous sommes incités à réduire le négatif. Alors qu’il nous faut régénérer, pour contribuer positivement à l’ensemble des cycles naturels et humains. » précise-t-il. Si la réduction des pratiques néfastes, telles que l’usage de pesticides ou les émissions de gaz, contribue à la diminution de nos empreintes, elle ne nous engage pas nécessairement sur le chemin de la reconnexion au vivant.

Pourtant, l’approche régénérative inspire déjà et s’ancre dans les mentalités au travers d’engagements forts. Le « Plan Héritage et Durabilité des Jeux Olympiques et Paralympiques de Paris 2024 » souligne aussi cette ambition qui doit s’inscrire dans la durée. « Il ne s’agit plus seulement de limiter les impacts de l’activité humaine mais d’agir pour la régénération des écosystèmes. » souligne le rapport. Aussi, les sites qui accueilleront les épreuves seront rénovés afin qu’ils héritent d’un aménagement vertueux. Le site de la colline d’Elancourt devrait par exemple faire l’objet d’un projet de réorientation des dynamiques végétales par une augmentation de la zone herbacée afin de créer un habitat pour les espèces protégées.


L’entreprise, partie intégrante des écosystèmes

« La régénération pose comme principe simple que l’entreprise n’est pas séparée du vivant de la biosphère, mais en fait partie intégrante » explique dans sa tribune Antoine Denoix. Pensée comme un organisme connecté à la nature, cette structure peut atteindre son plein potentiel comme en témoigne le rapport rendu par la Convention des Entreprises pour le Climat (CEC). Présenté à Christophe Béchu, ministre de la Transition écologique et de la Cohésion des territoires le 25 octobre dernier, le dossier intitulé « Une grande bascule vers l’entreprise régénérative » nourrit les espoirs dans la reconsidération de nos activités économiques. Les actions sont à notre portée, comme le prouvent les 150 feuilles de routes développées par chacune des parties à la CEC, qui exposent des exemples de stratégies claires. Le groupe Bouygues Immobilier, par exemple, envisage d’adopter le modèle régénératif à l’horizon 2030. Sa feuille de route fixe les mesures qui seront déployées avec notamment la limitation de l’imperméabilisation des sols afin de promouvoir le retour de la nature dans les villes, la formation de l’ensemble des collaborateurs aux enjeux, ou encore l’objectif d’atteindre les 25% d’opérations conçues pour favoriser la biodiversité. Plus largement, la coopération est à l’oeuvre et permet l’émergence de solutions collaboratives à l’image du partenariat entre 6 entreprises Treebal, Davidson Consultings, ASI, Octo Technology, Connexing et Astrachan, ayant abouti dans la création d’un guide de la frugalité numérique.


Une économie régénérative, jusqu’aux individus

Face à l’évolution de l’éco-anxiété qui met les individus face au dilemme de leur inaction ou de la déconnexion de leur activité avec leurs principes, il est important de repenser leur place au sein de ces nouveaux modèles. Dans le cadre de son engagement dans la CEC, Ekimetrics, société spécialisée dans l’analyse de données, s’est notamment engagée à atteindre en 2025 une gouvernance paritaire, afin d’intégrer la vision de l’ensemble des salariés sur le pilotage de la mission et les engagements de l’entreprise. Le Groupe MTB, expert en gestion de déchets complexes et en recyclage souhaite développer un éco-lieu sur son site isérois, afin de permettre aux collaborateurs et leurs familles de pouvoir se ressourcer dans une ferme pédagogique productrice de fruits et légumes en permaculture.

Le développement de ces projets visant le bien-être au travail traduit aussi le tournant vers une logique régénérative, cette fois à destination des individus. Pour Antoine Denoix, au même titre que pour la nature, « il est nécessaire de ne pas se contenter d’atténuer les risques (…), mais transformer et libérer les cultures d’entreprises pour que les collaborateurs s’épanouissent dans un cadre qui a du sens pour eux car connecté à leur raison d’être individuelle. »

Considérant l’ensemble de bienfaits qui en découlent, orienter l’activité économique vers la régénération apparait comme un défi nécessaire, difficile sans être impossible. « Est-il naïf de penser que nous allons vivre dans les années qui viennent la grande bascule vers l’économie régénérative ? Je ne le crois pas. Cette nouvelle voie est extrêmement étroite et escarpée, mais elle est à notre portée. Formés, désinhibés, coalisés, les dirigeants d’entreprises peuvent tout changer » conclut Eric Duverger, fondateur de la CEC.


1. Denoix, Antoine. « Sans régénération l’ESG nous emmène dans le mur », Les Echos, novembre.

2. Comité Olympique. Plan Héritage et Durabilité des Jeux Olympiques et Paralympiques de Paris 2024, 30 août 2021.

3. Denoix, Antoine, op. cit.

4. Convention des Entreprises pour le Climat. « Une grande bascule vers l’entreprise régénérative », Rapport de la première CEC, 25 octobre 2022.

5. Denoix, Antoine, op. cit.

6. Convention des Entreprises pour le Climat, op. cit.

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