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Immobilier bas carbone : plongée au coeur des initiatives locales

  • il y a 11 minutes
  • 4 min de lecture

Réduire l’empreinte carbone de l’immobilier ne passe pas uniquement par la rénovation énergétique… De La Rochelle à Brest, en passant par Commana et Saint-Sulpice-la-Forêt, ces projets essaiment sur tout le territoire… et pourraient bien inspirer d’autres communes. 


© Image générée par IA
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La Rochelle : une approche 360°


À La Rochelle, l’approche dépasse largement le bâtiment. Depuis 2019, l’agglomération cherche à démontrer qu’une transition bas carbone peut être menée simultanément sur les transports, l’habitat, l’énergie, les déchets, l’économie ou encore les espaces naturels. Le programme La Rochelle Territoire Zéro Carbone rassemble cinq partenaires fondateurs et plus de 130 organismes autour d’un objectif : atteindre la neutralité carbone d’ici 2040.¹ Plus de 70 actions ont été intégrées à la feuille de route. Et, les résultats sont prometteurs. En 2025, les données de l’Agence régionale d’évaluation environnement et climat de Nouvelle-Aquitaine faisaient apparaître une diminution d’environ 15 % des émissions de carbone par rapport à 2019. Plusieurs initiatives se développent pour tendre vers une neutralité complète. Parmi elles, la Coopérative Carbone, créée en 2020 sous forme de société coopérative d’intérêt collectif, accompagne des entreprises et collectivités dans leur décarbonation tout en finançant des projets locaux de réduction carbone. Le modèle a depuis essaimé : des coopératives existent à Paris et dans la Métropole du Grand Paris ainsi qu’à Brest, tandis que des initiatives similaires sont engagées notamment à Strasbourg ou au Havre.  


Construire moins pour mobiliser moins de matière


À près de 400 kilomètres de là, la commune de Commana teste une approche beaucoup plus radicale : construire moins de surface et mobiliser moins de matière. Sur l’emplacement d’un ancien camping municipal, la commune accueille un hameau composé de sept habitats légers et réversibles, accompagné d’espaces communs et de jardins. Le terrain reste une propriété publique : un bail emphytéotique de 99 ans a été signé fin 2024 avec le collectif d’habitants Ti Dourig. Les habitants deviennent ainsi propriétaires de leur logement, mais pas du foncier, limitant à la fois le coût d’entrée et la spéculation sur le terrain. Cela permet notamment de lutter contre le vieillissement de la population et le manque de logement accessible. La démarche est gagnant-gagnant. D’autant que, l’expérimentation a été évaluée par le Cerema. Pour loger 12 personnes, l’analyse de cycle de vie des prototypes estime à 87 tonnes de CO₂ les émissions liées à la construction et au cycle de vie des composants, contre 174 tonnes pour trois maisons neuves accueillant le même nombre de personnes. Rapporté à l’occupant, l’impact est deux à trois fois inférieur à celui d’une maison neuve. Le résultat s’explique par la faible surface des logements (entre 15 et 25 m² pour les prototypes) mais aussi par le recours aux matériaux biosourcés, au réemploi et à la mutualisation de certains équipements dans le bâtiment commun.² Toutefois, prudence car ces chiffres n’intègrent pas les consommations d’énergie en phase d’usage. Commana sert précisément à vérifier si ce modèle peut fonctionner au-delà de l’expérimentation. Jusqu’en 2027, le Cerema doit mesurer les consommations réelles, le confort thermique, la biodiversité, l’impact social et économique et surtout la réplicabilité du projet. Des formations destinées aux élus et techniciens sont également prévues. Le mouvement dépasse déjà la seule commune bretonne : Hameaux Légers accompagne aujourd’hui plusieurs collectivités et cherche à structurer un réseau de professionnels capable de déployer ces projets dans toute la France.


Brest : changer d’échelle pour rénover l’existant


À Brest, le centre reconstruit après la Seconde Guerre mondiale compte 96 îlots et 6 666 logements, dont 96 % sont privés. Plutôt que d’intervenir immeuble par immeuble, le projet Siamorphose propose de changer d’échelle et d’imaginer la rénovation au niveau de l’îlot entier. Deux secteurs servent de démonstrateurs. L’enjeu est autant technique qu’organisationnel. Rénover simultanément plusieurs copropriétés doit permettre de mutualiser les interventions, le chauffage ou certains services, tout en transformant les cours intérieures aujourd’hui largement minérales. Le programme opérationnel prévoit 73 logements rénovés, 19 nouveaux logements et 1 650 m² de cœurs d’îlots désimperméabilisés et végétalisés. Les objectifs annoncés sont une diminution de 35 à 40 % des consommations énergétiques, de 50 à 60 % des émissions de CO₂ et une économie de 500 à 650 euros par an et par logement.³ Les travaux, eux, doivent démarrer à partir de mi-2027. 



Remettre les ressources locales au centre 


Saint-Sulpice-la-Forêt, 1 600 habitants. Ici, la transition passe par la transformation du cœur de bourg. La Fabrique du village métropolitain combine sobriété foncière, rénovation, production locale d’énergie, retour des activités économiques et construction en terre crue. La première phase d’incubation, soutenue par France 2030, a permis de conduire les études urbaines et techniques nécessaires. L’objectif est notamment de réduire la place de la voiture pour créer une véritable place de village, davantage tournée vers les usages quotidiens, les rencontres et les déplacements à pied. La commune prévoit aussi d’utiliser plus efficacement le foncier déjà urbanisé, en mobilisant certains fonds de parcelles et cœurs d’îlots pour accueillir des logements et de nouveaux cheminements doux, selon une logique de « ville des courts chemins ». Le projet repose également sur une participation citoyenne engagée depuis 2016. Habitants, associations et acteurs locaux ont été associés à la conception du futur centre-bourg à travers des ateliers et la programmation « Élémenterre ». L’un des démonstrateurs les plus suivis porte sur la construction de 16 logements intermédiaires en terre crue porteuse, dont neuf logements sociaux et sept en accession aidée. Le marché de maîtrise d’œuvre a été lancé en juin 2026. L’objectif : utiliser la terre comme matériau structurel. En mai dernier, près de 200 élus représentant plus de 100 communes se sont réunis à Saint-Sulpice et ont pu visiter ses projets d’écoconstruction, d’autoconsommation collective et de renouvellement urbain. Un modèle qui semble donc susciter l’intérêt…


 
 

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