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Quand le monde se mobilise pour faire le bien par et pour le numérique !

 Le numérique de demain se devra d’être responsable et vertueux, à la fois conscient de son empreinte environnementale et accessible à tous, ouvert et sécurisé, digne de confiance, protecteur des libertés de chacun et contributeur du bien commun. Et si c’était déjà (en partie) le cas ? Et si le numérique d’aujourd’hui était déjà, à bien des égards, au service d’un monde plus durable, plus inclusif et plus sûr ? La preuve en 6 initiatives autour du monde.


Par Amélie Rives



© Shutterstock


Helping Hand, jeu de rôle pour enfants en détresse psychologique


Conçue pour aider les enfants et adolescents à faire face à des troubles psychologiques et traumatiques (peur, anxiété, dépression, pensées suicidaires), l’application Helping Hand est déployée dans les écoles et certaines structures d’aide psycho-sociales en Norvège, aussi bien que dans les zones de guerre où les camps de réfugiés, qui manquent trop souvent de professionnels de santé. Plus de 3000 adolescents syriens réfugiés dans les camps libanais en ont déjà bénéficié. Avant d’y avoir joué, seuls 28% d’entre eux se retrouvaient dans ce que l’organisation mondiale de la santé qualifie de « bien être normal ». 99% se reconnaissaient dans cette description après 10 semaines d’utilisation.[1] « Pour ces jeunes enfants et adolescents, parler de leur bien-être, de ce qu'ils ressentent, avec des adultes ou des inconnus, peut être assez effrayant. Le fait de pouvoir jouer à un jeu vidéo seul, dans un environnement sûr, peut donc avoir un impact important. » souligne Bjarne Johnson, CCO du spécialiste norvégien des logiciels de formation Attensi, et co-créateur de Helping Hand avec la psychologue clinicienne Solfrid Raknes.[2] L’entreprise combine des capacités de modélisation 3D avancées et une profonde connaissance du comportement et de la psychologie humaine, pour développer des solutions de formations numériques basées sur des mises en situation reposant sur des interactions humaines. L'application, initialement conçue en arabe, est aujourd’hui disponible en norvégien, français, anglais, et depuis juin 2022 en ukrainien. En 2022, Helping Hands a remporté le UpLink Youth Mental Health Challenge, soutenu par l’UNESCO et visant à identifier des solutions innovantes pour lutter contre les troubles de la santé mentale des jeunes et la stigmatisation dont ils font l’objet.



Le Cloud au service de la recherche contre le cancer

 

Depuis 2018, l’Experimental Cancer Trial Finder permet à Cancer Research UK, la plus grosse association indépendante de lutte contre le cancer, d’optimiser l’identification de patients pouvant prétendre à des essais cliniques en cours. Cette base de données, hébergée sur un Cloud mis à disposition de l’association par AWS dans le cadre d’un partenariat, couvre 17 centres d’essais pour adultes et 12 centres pédiatriques. Elle est mise à jour tous les mois par un coordinateur désigné dans chacun de ces sites, et permet ainsi au personnel médical d’accéder rapidement et facilement à des informations fiables et exploitables sur les essais cliniques ouverts. Des fonctionnalités de filtrage avancées permettent d’affiner les recherches pour identifier des patients répondant aux critères. Jusque-là, les cliniciens devaient se contenter d’informations trop souvent incomplètes, non structurées et non actualisées sur les essais cliniques ouverts, et regrettaient l’absence de système permettant d’établir des correspondances entre les essais en cours d’une part et les patients compatibles de l’autre.

Initialement prévu pour 50 cliniciens, le projet pilote a rassemblé plus de 200 utilisateurs. Et, le constat est unanime : en 6 mois à peine, ils ont noté une amélioration de plus de 50% de la facilité, de la vitesse et de l’efficacité du schéma d’identification de correspondances entre les essais ouverts et les patients pouvant y prétendre. 70% des cliniciens participants ont aussi pu recevoir ou rediriger vers un essai ouvert des patients qui n’avaient pas d’autres options de traitement. Comme pour les autres actions de Cancer Research UK, les données recueillies dans ce cadre sont encadrées par le RGPD et la législation britannique de protection des données personnelles.

 


VSOMO : Gamifier la formation professionnelle pour lutter contre le chômage


Pour lutter contre le chômage et favoriser l’accès à la formation professionnelle, l’autorité tanzanienne chargée de la formation professionnelle a lancé VSOMO, sa plateforme d’apprentissage en ligne. Elle s’adresse tout particulièrement aux populations défavorisées, notamment les femmes, vivant dans les zones rurales éloignées ou n’ayant pas bénéficié de l’enseignement secondaire. Une façon aussi de pallier le manque de matériels et d'équipements de formation ainsi que la pénurie de personnel et d’enseignants formés. Accessible depuis un téléphone portable ou un « centre numérique » local, le volet théorique des formations est complété par des modules théoriques dispensés dans des centres de formation dédiés.

Pour encourager son utilisation, encore trop timide, l’association suisse Helvetas a entrepris de moderniser et dynamiser l’application pour la rendre plus attractive et plus accessible. Dans le cadre d’un projet financé par l’agence de développement belge et l’Union européenne, les contenus théoriques proposés dans l’application vont notamment être gamifiés et personnalisés. Ce qui permettra de réduire la quantité de texte, une approche censée favoriser le transfert de connaissances et développer les compétences numériques, mais aussi de toucher le plus grand nombre de façon inclusive et équitable.

Pour accélérer l’adoption de l’application, elle sera mise à disposition d’un certain nombre de jeunes défavorisés gratuitement. De nouveaux centres de formations et d’apprentissage seront également crées dans les municipalités pour faciliter l’accès aux formations. Lancé en 2022, ce projet, premier de ce type en Afrique de l'Est et en Afrique centrale, prendra fin en 2023. Objectif : 50 000 jeunes informés et sensibilisés via des campagnes médiatiques dédiées, 10 000 téléchargements de l’application, et 600 participants ayant finalisé leur formation.

 


Sensegrass : l’IA pour protéger les sols et lutter contre la pénurie alimentaire


La start-up agricole Sensegrass s’attaque à un défi de taille : la pénurie alimentaire. Conçue comme une « plateforme d’intelligence du sol », elle permet aux agriculteurs d’accroître la productivité et le rendement de leurs cultures, dans le respect d’une croissance plus saine et plus durable.

Elle est notamment déployée en Amérique Latine, via son entité basée à Santiago du Chili. Elle s’adresse tout particulièrement aux petites exploitations agricoles, qui constituent la grande majorité des installations dans le monde aujourd’hui et ne bénéficient pas toujours des technologies, encore couteuses, de diagnostic et de gestion des exploitations.

Sensegrass propose une solution intégrée accessible depuis une application mobile et web, qui combine capteurs magnétiques, caméras hyperspectrales et drones aériens avec un algorithme basé sur l'IA. Ses capteurs connectés mesurent plus de 40 paramètres sur les sols cultivés (état des sols, présence de maladies, niveau d’irrigation…) qui sont combinés aux images hyperspectrales prises par les drones qui surveillent les champs. Sur la base des données recueillies, son algorithme d’IA émet des recommandations et prescrit les meilleures pratiques pour la gestion des sols cultivés. Elle permet par exemple d’optimiser l’irrigation pour une meilleure gestion des ressources en eau et l’utilisation d’engrais en vue de la réduire au maximum. Elle contribue ainsi à protéger les sols, fragilisés par le changement climatique et l’excès de fertilisants, et d’améliorer la qualité et la quantité des produits issus de ces cultures.



L’informatique cognitive pour détecter les contenus pédophiles


Les enfants sont les premières victimes des violences sexuelles dans l’espace numérique. Pour lutter contre le grooming, ou « pédo-piégage », Aeteos a adapté sont logiciel Percipcion, basé sur l’informatique cognitive, une branche de l’intelligence artificielle. Déjà utilisé pour d’autres applications comme l’analyse de questionnaires RH, Percipcion permet d’analyser et traiter du langage naturel en temps réel. Il est capable d’identifier plus de 100 facteurs psychologiques du domaine des émotions, des sentiments, des états affectifs, de la motivation, mais aussi des contenus positifs ou nuisibles (haineux, dangereux, malveillants…). Il est ainsi en mesure de détecter les phrases et tournures utilisées par les groomers pour piéger les mineurs, et de les alerter le cas échéant.

Utilisé pour pré-identifier du contenu inapproprié dans le cadre de la modération de contenus par l’association Point de Contact mais pas encore par les plateformes, les réseaux sociaux et les forums de chat, Percipcio fait partie des outils de lutte contre les « Child sexual abuse material » (CSAM). En 2022, la proposition de la Commission européenne d’obliger les hébergeurs et fournisseurs à détecter les CSAM, y compris dans les conversations privées des plateformes, avait été reçue par la Cnil et le Conseil de l’Union européenne comme une entrave à la vie privée et à la protection des données personnelles. Un équilibre difficile mais nécessaire à trouver pour garantir certes les libertés de chacun mais aussi la protection nécessaire des mineurs dans un espace numérique qui doit poursuivre son développement dans un cadre éthique, responsable, inclusif et sûr. Car il en va, in fine, de la confiance des citoyens dans le numérique…

 


Restaurer cette confiance et œuvrer pour une espace numérique plus sûr et souverain, c’est précisément l’objet du projet de loi portant sur la régulation de l’espace numérique présenté le 10 mai par le Ministre délégué chargé de la Transition numérique, Jean-Noël Barrot : 12 mesures concrètes qui visent 4 objectifs : protéger et outiller les citoyens français contre l’insécurité numérique (filtre anti-arnaque, lutte contre le cyber harcèlement, encadrement des jeux en ligne…) ; protéger les mineurs en ligne (limiter l’exposition à la pornographie et sanctionner les hébergeurs qui ne retirent pas les contenus signalés, interdiction de la publication ciblée sur mineurs…) ; protéger les entreprises et les collectivités (réduire la dépendance aux fournisseurs de Cloud,…) et protéger la démocratie en coopérant et en régulant (lutte contre la désinformation sur les réseaux sociaux, blocage des médias sous sanctions internationales …). La promesse d’un numérique plus responsable au service des citoyens est engagée.


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