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Rompre l’isolement social : les acteurs de terrain s’engagent

  • 13 janv.
  • 5 min de lecture

En France, l’isolement social et le sentiment de solitude progressent à un rythme alarmant mais de plus en plus de solutions émergent de la part d’association mais aussi de citoyens ! Longtemps cantonnée à l’image des personnes âgées ou marginalisées, la solitude traverse désormais l’ensemble de la société. Aucun territoire, aucune classe sociale, aucune génération n’est épargnée. Et la solidarité elle aussi est partout ! Zoom sur ces initiatives solidaires qui viennent lutter contre la solitude et l’isolement.


© Freepik
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Un état des lieux qui oblige à agir


12 % des Français souffrent de solitude c'est-à-dire qu'ils n’ont aucun réseau de sociabilité.¹ Le phénomène touche de plein fouet les actifs, et plus particulièrement les jeunes adultes. Un quart des Français déclarent se sentir seuls, mais ce chiffre atteint un pic chez les 25–39 ans : plus d’un sur trois se sent fréquemment seul, soit deux fois plus que les 60–69 ans. Cette tendance s’est fortement aggravée en quinze ans : alors que seulement 2 % des jeunes étaient concernés par l’isolement en 2010, ils sont aujourd’hui 13 % à en souffrir. La crise du Covid-19 a joué un rôle d’accélérateur, réduisant drastiquement des interactions sociales déjà fragilisées. L’isolement social est également profondément marqué par les inégalités économiques. En 2024, 17 % des personnes disposant de bas revenus sont isolées, contre seulement 7 % parmi les hauts revenus. Les personnes au foyer et les ouvriers sont particulièrement exposés, avec des taux d’isolement respectivement supérieurs de huit et de quatre points à la moyenne nationale. La situation est encore plus critique chez les personnes sans emploi : 44 % des chômeurs déclarent se sentir seuls, contre 23 % des actifs. Parmi ces derniers, les travailleurs indépendants – agriculteurs, artisans, commerçants, chefs d’entreprise – affichent également un fort sentiment de solitude : 32 % se disent très régulièrement seuls.


Cela doit devoir un priorité politique


L’isolement social ne relève plus d’un problème individuel, mais bien d’un enjeu collectif de santé publique. L’Organisation mondiale de la santé alerte : les adolescentes constituent aujourd’hui le groupe social le plus solitaire au monde. Les experts appellent les gouvernements à faire de la solitude une priorité politique. « Pendant trop longtemps, nous n'avons pas reconnu l'importance de la santé sociale. Cela doit changer »², affirme Vivek Murthy, Médecin et ancien Administrateur de la santé publique des États-Unis. Certains pays ont déjà franchi le pas. La Suède a lancé en 2025 un plan national de 30 millions d’euros contre la solitude, combinant actions de proximité pour les seniors et dispositifs innovants pour les jeunes. Des “cartes d’activité” ont été distribuées aux 16–18 ans, utilisables uniquement pour des activités collectives au sein de la société civile, du sport ou de la culture. En France, des dispositifs émergent, comme les « heures de lien social », intégrées depuis janvier 2024 au plan d’aide de l’Allocation personnalisée d’autonomie (APA), ou encore le recours au service civique pour des visites de convivialité auprès des personnes âgées et de l’accompagnement numérique.


Des associations en première ligne


Face à l’ampleur du phénomène, les acteurs de terrain s’engagent. À Paris, l’association Autremonde développe des activités culturelles et sportives, des maraudes et des formations favorisant la rencontre entre bénévoles, salariés et personnes accompagnées. Des permanences d’aide à la recherche d’emploi complètent cette approche globale du lien social. En milieu rural, le tiers-lieu de l’Hermitage, à Autrêches, illustre le potentiel des lieux hybrides. Café associatif, distribution alimentaire, ferme maraîchère, laboratoire numérique : ce lieu contribue à recréer du vivre-ensemble. D’autres initiatives repensent l’habitat comme levier de sociabilité. Caracol transforme des bâtiments inoccupés en colocation solidaires et interculturelles, mêlant âges, origines et parcours de vie, pour un accès au logement à prix abordable et un cadre équilibré. À Marseille, la Fraternité Belle de Mai accompagne des femmes en situation de vulnérabilité à travers le sport et le bien-être : yoga, randonnées, découvertes urbaines à vélo. Autant d’activités qui favorisent les rencontres, la confiance en soi et l’autonomie. En Gironde, à Bordeaux, le projet Entourage fédère déjà 1 700 personnes, dont près d’un tiers se déclarent en situation d’isolement. L’association déploie une approche structurée autour de trois leviers complémentaires : une application destinée à mettre en relation les riverains, un programme facilitant l’accès à l’emploi et l’organisation d’activités sportives collectives. Autant de dispositifs pensés pour recréer du lien là où il a disparu. « Trop de jeunes sont seuls, dans leur chambre, derrière leur écran. Il faut aller les chercher ! » fait remarquer Jean-Marc Potdevin, fondateur et président d’Entourage.


Numérique : isolement ou reconnexion ?


Si 70 % des Français estiment que les réseaux sociaux contribuent à isoler les individus, ils peuvent aussi devenir, selon la sociologue Anne-Sylvie Pharabod, « un nouveau levier pour créer du lien social ».³ De nouvelles initiatives citoyennes émergent également chez les jeunes générations. Le compte Instagram Ramycineclub réunit chaque semaine une trentaine d’inconnus autour d’un film dans un appartement parisien. « À chaque séance, c’est carton plein », se réjouit Kika, cofondatrice du projet, aujourd’hui suivi par plus de 10 000 personnes.⁴ Le succès de ces plateformes dédiées aux rencontres amicales confirme la volonté des jeunes générations de recréer des relations sociales en dehors des écrans. D’autres applications comme Knokk, ou Frimake comptabilisent chacune plus de 500 000 utilisateurs. Elles permettent de créer des salons numériques afin d’échanger et d’organiser des activités de proximité : sorties cinéma, promenades, rencontres informelles dans son quartier. Stéphane, 42 ans, y a trouvé l’opportunité de rencontrer de nouvelles personnes : « Moi, c'était après une rupture amoureuse, et je voulais me faire un bowling. On était en plein mois d'août, mes potes étaient en vacances et je ne sais plus pourquoi, j'ai fait une recherche sur internet, et j'ai fait une sortie comme ça au hasard. » Un hasard qui lui a permis de sortir de la solitude. « C'est de belles rencontres, des gens que je n'aurais pas rencontrés dans mon parcours normal et, oui, ce sont des gens intéressants quand tu t'intéresses à eux. » poursuit-il.⁵ « Ces applications présentent l’avantage de conjuguer la pratique d’une activité touristique, sportive ou culturelle avec un nouvel espace de socialisation », souligne la sociologue.


Refaire société : lutter contre l'épidémie de solitude


Remettre les lieux de vie au cœur du projet urbain apparaît également comme une partie de la solution. Espaces publics partagés, bibliothèques, cafés, centres sociaux, cuisines collectives : ces lieux du quotidien, souvent fragiles, sont essentiels pour « faire société ». Des territoires comme Lyon montrent que cela est possible. Les professionnels de l’urbanisme, du logement et du vivre-ensemble portent un appel clair : rappeler que le logement est un droit fondamental, faire de la lutte contre l’isolement une priorité nationale, investir dans les lieux collectifs, déployer à grande échelle les solutions qui fonctionnent et soutenir la vitalité des écosystèmes territoriaux.



⁴Ibid

 
 

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