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Cyber-harcèlement : le combat continue plus que jamais !

En janvier 2023, Twitter comparaissait devant la justice pour un manque de coopération dans trois dossiers de cyberharcèlement. Si le réseau social a finalement été relaxé, les « raids numériques », la diffusion d’images intimes, les insultes et autres formes de cyberharcèlement continuent chaque jour de sévir en ligne. Désormais, pouvoirs publics, associations, entreprises et anciennes victimes contre-attaquent : loi de plus en plus stricte, sensibilisation, prévention, création de numéro d’urgence et d’applications ou encore de plateformes où règne la bienveillance sont désormais en première ligne pour lutter contre ce fléau.

 

Par Diane Cassain

 


© Shutterstock


Une réalité alarmante

 

60 % des 18 - 25 ans ont déjà été cyberharcelés. Mais, les jeunes ne sont pas les seuls à être exposés à ce cyberharcèlement. A l’heure des influenceurs et de l'hyperconnectivité, le cyber-harcèlement se répand comme une traînée de poudre. En décembre 2021, le suicide de Mava Chou, influenceuse, mère de 4 enfants, et cyber harcelée depuis plusieurs années avait créé l’émoi. « Il faut que les gens comprennent que cette lâcheté derrière leur écran est à chaque fois une gifle, un coup de poing, un acte de violence » témoignait son avocat quelques jours après le drame.[1] Dans un cadre scolaire, le cyber harcèlement est souvent couplé avec un harcèlement physique. « Au collège, j’ai été harcelée pendant 3 ans et cyber harcelée pendant 2 ans. Tout ce que je subissais à l’école, à savoir les insultes, les rumeurs, les coups à répétition se sont transformés en violence sur internet. A chaque fois que j’allumais mon téléphone, j’avais des insultes, on me disait que j’étais grosse, que je ne servais à rien et qu’il faudrait que je me suicide. Finalement, tout ce que l’on me disait était devenu ma réalité. Je me détestais, me dénigrais constamment. Je n’aimais pas du tout qui j’étais, je me mutilais tous les soirs. Il s’agissait du seul moyen pour que je sois en accord avec moi-même. J’avais tellement besoin de parler à quelqu’un mais j’étais seule aussi bien à l’école, que sur internet et à la maison. J’étais seule face aux violences » témoigne Anne-Liz Deba, ancienne victime engagée dans la lutte contre le cyber-harcèlement.[2] 


 

Emojis et raids numériques

 

Aujourd’hui, les cyber harceleurs ont de nouvelles méthodes, plus sournoises. La chanteuse Yseult ou encore l’élue Alice Coffin ont récemment vu leur publication sur les réseaux sociaux être assaillies de milliers d’émoji ‘médaille’. Derrière cette pratique se cache l’appel lancé par le Youtubeur politisé Greg Toussaint à ses 270 000 abonnés. Persuadé d’échapper ainsi aux modérateurs et aux potentiels condamnations, “l’armée” de Greg Toussaint distribuait, de façon ironique et cynique, des médailles aux « personnalités de gauche ». Après avoir vu ses comptes Instagram et Twitter suspendus, le Youtubeur criait à la « censure » et promettait de ne pas  « abandonner une si belle cause ». Des raids numériques contribuant à un cyber-harcèlement de meute, qui entrent depuis 2018, dans la définition légale du cyber harcèlement, considérant que le délit est caractérisé « lorsque ces propos ou comportements sont imposés à une même victime par plusieurs personnes, de manière concertée ou à l’instigation de l’une d’elles, alors même que chacune de ces personnes n’a pas agi de façon répétée » ou « lorsque ces propos ou comportements sont imposés à une même victime, successivement, par plusieurs personnes qui, même en l’absence de concertation, savent que ces propos ou comportements caractérisent une répétition ».[3]

 


Prise de conscience collective

 

L’ampleur du phénomène a entraîné une prise en compte des pouvoirs publics et de nouvelles briques sont ajoutées aux modules de sensibilisation sur le harcèlement, en milieu scolaire ou encore sur les réseaux sociaux. Dans son projet de loi “Sécuriser et Réguler l’espace numérique”, débattu en octobre dernier à l’Assemblée nationale, le ministre Jean Noël Barrot propose un renforcement des sanctions à l’encontre des cyber-harceleurs. Le juge pourrait demander à un réseau social d'empêcher la réinscription d'une personne condamnée pour cyber harcèlement pendant six mois. Si certains Etats européens ont déjà légiféré sur la question ce n'est pas le cas pour tous. L'Espagne a récemment condamné un homme à 10 ans de prison pour homicide, considérant que ce dernier avait poussé au suicide un mineur après un cyber harcèlement. En Belgique, en revanche, l'harmonisation législative des différentes provinces vient tout juste d'être entamée. Sur le territoire français, le Ministère de l'Education nationale, conscient de l’importance du tissu associatif, s’est allié à l’association E-enfance, engagée depuis 17 ans dans la protection de l’enfance sur internet et l’éducation à la citoyenneté numérique. Ensemble, ils ont créé le numéro national d’accompagnement des victimes de violences numériques et d’aide aux parents : le 3018. Anonyme, gratuit et confidentiel, il est accessible 7 jours sur 7 de 9 heures à 23 heures, par téléphone, sur 3018.fr mais aussi sur les réseaux Messenger et WhatsApp. 25 000 appels ont été enregistrés en 2022, soit une progression de 39 % par rapport à 2021. 10 000 comptes ont été supprimés en 2022 contre 3 000 en 2021. Et, constatant le mal-être de certains adolescents ou jeunes adultes suite à des violences numériques, les écoutants du 3018 ont noué un partenariat avec les Maisons des Adolescents et la Fondation des Hôpitaux afin de renforcer leur prise en charge. S'engager en faveur de la lutte contre le cyber harcèlement reste à la portée de chacun. L'association Respect Zone récolte des dons de particuliers et l'association L'onde bleue propose de devenir bénévole pour de la sensibilisation et autres missions ponctuelles dans le cadre du projet Alabelecole.

 

 

La technologie : un allié de taille dans la lutte contre le cyberharcèlement

 

La neutralisation des cyber harceleurs a commencé, grâce notamment aux nouvelles technologies a l’instar de Bodyguard qui s’appuie sur un algorithme filtrant en temps réel les messages reçus sur les réseaux sociaux (Twitter, Facebook, Instagram, YouTube, Twitch et TikTok). L’application protège ainsi des commentaires haineux, moqueries, insultes, menaces, spams, commentaires racistes, sexistes, harcèlement sexuel, etc. Ces messages sont supprimés d’office par l’application et celle-ci est capable de déchiffrer les sous-entendus de certains émoji, le langage SMS et les fautes d’orthographe se faisant l’objet d'un pare-feu efficace permettant d’éviter d’entrer dans une spirale de violences en ligne. Après le suicide de sa fille harcelée de 13 ans, Nora Fraisse, depuis très longtemps engagée dans la lutte contre le harcèlement et le cyber harcèlement, a créée une application, Kolibri. Permettant aux jeunes de partager leurs émotions, de faciliter les mises en relation avec des personnes de confiance, Kolibri est également un relais pour alerter sur une situation de harcèlement ou encore trouver des numéros d’écoute utiles. Place de la Paix, est quant à lui un nouveau réseau lancé par des streamers sur Twitch alors que de nombreuses femmes streameuses sont la nouvelle cible de cyberharcèlement sur le réseau. Le bot du réseau neutralise pendant 24 heures un internaute signalé par un streamer. Des modérateurs prennent ensuite le relai et décident d’annuler la décision ou de confirmer la malveillance, auquel cas le mis en cause ne pourra plus se connecter sur les chaînes inscrites sur le réseau Place de la Paix. Cette bulle de bienveillance créée sur un réseau social pourrait, à terme, être généralisée et ainsi représenter une brique supplémentaire dans la lutte contre le cyber-harcèlement.




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